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FORUM DE PARIS : pourquoi l’Afrique s’y bouscule-t-elle ?

Les dirigeants africains seraient-ils naturellement prédisposés à abandonnés leurs pays respectifs pour se rendre au premier sommet dont ils entendent parler ? Généralement, en effet, ils sont ceux qui répondent à tous les rendez-vous diplomatiques à travers le monde. Et pour des résultats que leurs peuples respectifs cherchent toujours à cerner. Le Forum de Paris sur la paix qui, dans les faits, commence ce mardi dans la capitale française, ne fait pas exception à la règle. L’Afrique y sera présente en grand nombre. Pas moins de dix chefs d’Etat sur la trentaine de présidents et de membres de gouvernements qui sont annoncés au compte de cette édition d’un rendez-vous diplomatique tout droit sorti de l’imagination débordante d’un certain Emmanuel Macron, à des fins géostratégiques. Pourtant, la présence du continent africain à cette rencontre n’est pas nécessairement justifiée. En effet, même si l’on admet que l’Afrique est intéressée par le concept de paix, il y a que les enjeux dont il sera question au cours de ce forum sont au-delà des problématiques plus concrètes qui se posent à l’Afrique. Dans le meilleur des cas, Félix Tshisekedi et ses compagnons ne pourront que servir de caution de solennité au Forum.

Si l’on fait abstraction du langage diplomatique, le Forum de Paris sur la paix n’est que l’expression de la volonté du président français d’essayer de se faire une place, à côté du trio que forment Donald Trump, Xi Jinping et Vladmir Poutine. Emmanuel Macron a du cran et des ambitions. Il ne consent pas par conséquent jouer le rôle d’un dirigeant de seconde zone. C’est ainsi qu’à l’unilatéralisme dont le président américain est le tenant, il tente d’opposer une vision multilatérale. Dans cette optique, il n’hésite pas non plus à tenir tête à Donald Trump sur la question du changement climatique. Du mieux qu’il peut, il met également en garde contre les risques pouvant découler de la guerre commerciale que se livrent Américains et Chinois. Au-delà, Emmanuel Macron qui a pleinement conscience du succès diplomatique qu’a été la COP21, voudrait lui aussi disposer de son rendez-vous diplomatique phare. Ce sont là les fondamentaux du Forum de Paris sur la paix. Tout le reste n’est qu’un habillage rendu possible par les subtilités et nuances du langage diplomatique.

Et comme on peut le constater, le lien avec les problèmes du continent africain ne sont pas très évidents. S’ils devaient nécessairement effleurer le concept de paix, il s’agirait d’un niveau si à la fois élevé et abstrait de la notion que les représentants du continent africain n’y verraient, ni ne comprendraient grand-chose. Si l’on prend le cas de la République démocratique du Congo (RDC) dont le président est pourtant présenté comme la vedette du Forum, il ne sera malheureusement pas question du débat sur comment ramener la paix et la quiétude dans l’est du pays. Au grand dam du Tchad et du Niger dont les présidents sont également attendus à Paris, le Forum ne consacrera ni le temps, ni l’espace requis à ce qui prévaut dans le Sahel. Il ne sera pas non plus question du G5 Sahel auquel Macron semble même vouloir définitivement tourner le dos. Quant à Paul Biya,  il est évident qu’il ne peut espérer trouver à Paris les solutions qu’il se refuse à voir au Cameroun. Le tout nouveau président tunisien, de son côté, s’y rend davantage pour prendre date et nouer de précieux premiers contacts…Bref, les intérêts qui justifient le grand déferlement de l’Afrique sur le Forum sont loin d’être évidents. Surtout si nous les mettons en rapport avec la thématique du Forum.

Comme c’est souvent le cas, les dirigeants africains qui prennent part à ce forum y seront davantage en faire-valoir. Outre le besoin irrépressible qu’ils ont tous de vouloir s’afficher avec un dirigeant d’une grande puissance, ils y sont pour garnir le forum et aider Macron à atteindre ses objectifs. En effet, quand au terme de la rencontre, la photo finale montrera un certain nombre de dirigeants cela conférera au Forum un certain poids. Un poids que le président français, quand cela sera nécessaire, capitalisera dans ses rapports avec les autres grands dirigeants à côté desquels il entend jouer un certain rôle. Et bien sûr, de ce même poids, la France continuera à renforcer son statut d’un des grands décideurs de la planète. Il en va ainsi de la diplomatie pour les nuls.

Boubacar Sanso BARRY     

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