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UNION AFRICAINE : quelles attentes avec al-Sissi ?

Le 32ème sommet de l’Union africaine s’est ouvert hier à Addis-Abeba, dans la capitale éthiopienne. Officiellement dédié au sort peu enviable des réfugiés disséminés dans différents pays du continent africain, il reste cependant essentiellement dominé par le passage de témoin entre le président Paul Kagamé et celui de l’Egypte, Abdel Fatah al-Sissi, nouveau président en exercice de l’institution. Un transfert de sceptre qui parachève un retour plus tôt que prévu de l’Egypte au-devant de la scène africaine. En effet, suspendue des instances de l’instance panafricaine en raison du coup d’Etat contre Mohamed Morsi en 2013, la voilà de retour au premier plan avec cette présidence de l’Union africaine, mais aussi avec l’organisation en juin-juillet prochain de la Coupe d’Afrique des Nations. Cependant, en ce qui concerne les responsabilités d’al-Sissi à la tête de l’institution, c’est un peu un saut dans l’inconnu. Pire, pour certains observateurs, c’est même une parenthèse sombre dans la vie de l’UA, aussi bien en termes d’image, que par rapport aux chantiers des réformes.

Kagamé, réformateur

En effet, si le président rwandais qui a assuré la présidence de l’institution durant l’année écoulée, n’est pas lui non plus un exemple de démocrate, il s’est tout de même forgé la réputation de réformateur en chef de l’organe panafricain. Pragmatique et ayant un sens précis du travail à abattre, il aura profité de son passage à la tête de l’Union africaine pour poser les bases des mutations qui devront garantir la survie et le rayonnement de cette dernière. Son plus grand trophée en la matière étant notamment l’incroyable avancée dans le sens de l’établissement d’une zone de libre-échange commune (ZLEC). Ceci étant, c’est une déconvenue majeure qu’il a récoltée en janvier dernier par rapport à la crise postélectorale en République démocratique du Congo (RDC). D’ailleurs, à titre personnel, la présence à ce sommet du nouveau président congolais, Félix Tshisekedi, est un cinglant camouflet pour Paul Kagamé.

Al-Sissi, donneur d’ordres

Bien entendu, conscient des craintes que les uns et les autres nourrissent quant à la poursuite de ces chantiers stratégiques, Abdel Fatah al-Sissi a profité de son discours d’hier pour promettre qu’il continuerait les œuvres de Paul Kagamé. Mais les deux n’envisagent certainement pas les réformes de l’institution avec la même urgence. Par ailleurs, ils n’ont ni le même profil, ni les mêmes méthodes. Quoiqu’étant lui-même soldat dans l’âme, Paul Kagamé reste cependant un manager travaillant avec les méthodes propres au monde des entreprises. Quant à lui, le maréchal al-Sissi doit davantage se reconnaître dans un schéma où donnant les ordres, ces derniers sont respectés à la lettre. C’est le commandant en chef pour lequel les résultats sont davantage le fruit de la crainte qu’il inspire que de la force de persuasion qu’il imprime à son approche. Il en découle que les réformes, ce n’est pas sa priorité. Moulé dans le climat de tension et de défiance quasi-permanente qui prévaut en Egypte, il serait davantage enclin à privilégier les questions de sécurité et de paix. Allié stratégique des Etats-Unis dans le conflit israélo-palestinien, il devrait par conséquent user de tout son poids pour convaincre le président Trump de lâcher du lest sur le dossier du G5 Sahel, en vue du placement de la force conjointe soit placée sous le chapitre VII des Nations unies.

En somme, sans être aussi charmeur que l’aura été Paul Kagamé, al-Sissi pourrait néanmoins obtenir des résultats dans des secteurs tout aussi stratégiques pour le continent africain. Malheureusement, les droits humains n’en feront certainement pas partie.

Boubacar Sanso BARRY   

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