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TROISIEME MANDAT: un plan B à disposition

Avec les dernières sorties du président Alpha Condé d’abord en France, puis au Maroc autour du troisième mandat, la question du respect de la constitution revient avec force sur le devant de la scène. Bien que d’aucuns y voient une manœuvre de la part du chef de l’Etat pour occuper les Guinéens et les empêcher de voir les problèmes de sa gouvernance, une partie de l’opinion pense qu’on ne perd rien à se préparer et à mettre la pression. Il est vrai que cette stratégie d’anticipation a déjà fait ses preuves au Bénin où Yayi Boni aussi avait caressé le rêve de faire sauter le verrou de la charte nationale qui limite le nombre de mandats. Mais dans le cas de la Guinée, ce n’est pas que la modification éventuelle de la constitution qu’il convient de surveiller. Lansana Kouyaté l’a déjà dit et ce n’est pas forcément saugrenu comme idée. Alpha Condé peut bien s’inspirer de la stratégie de Joseph Kabila en RDC. Autrement, invoquer une prétendue impossibilité d’organiser les élections pour s’offrir une rallonge. Ce qui, à moindre frais, permettrait d’aboutir au même résultat.

Le glissement, plan B

A priori, la stratégie du glissement n’est pas la première option dans l’approche d’Alpha Condé et de ceux qui voudraient l’inciter à demeurer en place au-delà de 2020. Dans son entourage, on avait dit qu’il s’accommoderait très mal de présider la Guinée de manière illégale. C’est d’ailleurs l’argument qu’on avait brandi à la veille des élections de 2015, pour justifier que la présidentielle précède les communales. Il ne faudrait pas, nous avait-on opposé, que la tenue des élections communales oblige à reporter celle du président de la République. Mais très réaliste, Alpha Condé pourrait bien recourir à cette manœuvre, en partant du principe que c’est la voie la moins risquée.

Modification constitutionnelle, aucune chance

Parce qu’il faut bien l’admettre, l’idée de la modification constitutionnelle aurait du mal à passer. Pour s’en rendre compte, il suffit de voir les réactions hostiles sur les réseaux sociaux. Comme avec le Syli national, c’est aujourd’hui la cause qui transcende tous les clivages, qu’ils soient politiques ou communautaires. Si Alpha Condé prend le risque de formuler le vœu de la modification constitutionnelle, la désapprobation pourrait être aussi unanime que celle qui, il y dix ans, avait contraint Lansana Conté à rapporter dare-dare le décret nommant Eugène Camara au poste de premier ministre. Et s’il se montre flou, c’est parce que le président de la République a conscience de cette opposition très largement partagée par les Guinéens. D’ailleurs, il se susurre que dans les rangs de l’opposition, quelques-uns aimeraient bien qu’Alpha Condé commette l’erreur de manifester son vœu de modifier la constitution. Il leur offrirait alors l’occasion d’écourter son mandat et de rebattre les cartes dans l’optique de sa succession.

Alpha Condé, habile joueur à la montre

Sauf qu’Alpha Condé qui n’ignore rien de tout cela n’est pas homme à commettre certaines erreurs. D’où l’option du glissement dont un des avantages comparatifs serait que le chef de l’Etat n’aura pas à réviser la constitution. Comme il le fait jusqu’ici, Alpha Condé pourra entretenir le flou et la confusion aussi longtemps qu’il le jugera  nécessaire. Ainsi, ceux qui attendent la commission du péché pour agir, n’auront jamais à le faire. De cet attentisme, le pouvoir profitera pour créer des conditions justifiant la non tenue des élections présidentielles. Surtout, qu’on n’aille pas nous dire que c’est impossible. Parce qu’Alpha Condé a déjà démontré et démontre actuellement son habileté à jouer à la montre. Les élections législatives, il les avait prévues pour au plus tard six mois après son élection de 2010. Mais il ne les avait organisées qu’en septembre 2013. Quant aux élections communales, on ne sait même pas encore si elles seront tenues courant 2017. Or, comme on peut l’imaginer, avec un enjeu aussi important que le scrutin-virage de 2020, il fera en sorte de sortir les grands moyens (pression sur la CENI, gel des financements, crispation du paysage politique, souverainisme de la Guinée, financement de pseudo-groupes de soutien, achat de certains leaders politiques, fausses offres de dialogue, etc.). Agissant sur tous ces leviers, il ne pourra évidemment pas annihiler toutes les velléités de contestation. Mais il pourra considérablement les maîtriser, en les empêchant de se coordonner et de se structurer. Bien évidemment, s’il réussit son coup, la sérénité et la quiétude ne seront pas nécessairement au rendez-vous. Mais à cela, il se sera bien préparé.

Boubacar Sanso Barry  

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