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TOGO : la rue ne désarme guère

Ainsi donc, la proposition de sortie de crise énoncée par le président ivoirien, le 24 octobre 2017, en marge du mini-sommet de la CEDEAO à Niamey, n’aura pas convaincu l’opposition togolaise. Après avoir condamné les violences qui ont émaillé la contestation à laquelle le pouvoir de Faure Gnassingbé fait l’objet depuis près de trois mois, Alassane Ouattara avait en substance demandé aux opposants togolais de s’en tenir aux propositions de réformes constitutionnelles faites par la majorité présidentielle. En gros, cela revenait pour l’opposition à renoncer au caractère rétroactif de la limitation du mandat présidentiel dont le principe, lui, est désormais concédé par Faure et les siens. Eh bien, Tikpi Atchadam et autres Jean-Pierre Fabre, ne l’entendent pas de cette oreille. Flairant l’occasion d’en finir avec un régime auquel l’histoire politique du pays reste confondue, ils entendent pousser encore. D’où la reprise des hostilités, ce mardi, après quelques jours de repos.

Une affaire essentiellement politico-politicienne

Comme lors des précédentes sorties, la mobilisation a été au rendez-vous. Les partisans de l’opposition ont massivement répondu au mot d’ordre de leurs leaders. C’était particulièrement manifeste à Lomé, la capitale, dont les principales voies étaient bondées d’une foule hostile au régime. A Sokodé, dans le nord du pays et fief de l’opposant en vogue, Tikpi Atchadam, la dynamique de la mobilisation a été enrayée par un déploiement anticipé des forces de l’ordre et même de militaires, disent certaines sources. Cependant, si la pertinence et le bien-fondé du soulèvement des opposants togolais ne souffrent d’aucune ambigüité, il y a que les mobilisations qui ont cours depuis le 19 août peinent à se révéler décisives. On semble être dans le même cas de figure qu’en République démocratique du Congo (RDC) où les forces en présence se neutralisent. Même s’ils ne gobent pas le pouvoir actuel, il y a manifestement des Togolais qui ne font pas nécessairement confiance aux opposants au point de les suivre aveuglement. En particulier, on sent la société civile à l’écart de cette dynamique de contestation. L’affaire reste ainsi essentiellement politico-politicienne.

La communauté internationale, plutôt réservée

En plus de ce déficit relatif de légitimité dont souffre la contestation, l’opposition doit également composer avec le peu d’enthousiasme qu’elle semble susciter en dehors des frontières togolaises. En témoignent les condamnations plutôt timides de la répression des précédentes manifestations. N’étant manifestement pas aussi stratégique que certains pays de la sous-région, le Togo ne suscite pas tant que ça l’intérêt de la communauté internationale, la France y compris. Ainsi, les médiateurs ne se bousculent point aux portes de Lomé. Si d’une part, on n’assiste pas à un intense ballet diplomatique en guise de soutien au pouvoir en place, d’autre part, l’opposition, elle non plus, n’a visiblement aucune sympathie à brandir à l’extérieur du pays. Aux yeux du monde, entre Faure Gnassingbé et ceux qui aimeraient le remplacer, c’est du pareil au même. Il s’agit de la même race de politiciens, avant tout préoccupés par leurs propres intérêts. Aussi, autant les laisser se battre à la loyale, sans aucune influence externe. C’est du moins ce qu’on peut conclure de l’attitude prudente sinon réservée de la communauté internationale au sujet de la crise que vit le Togo depuis environ trois mois. Une attitude qui, du point de vue du pouvoir togolais, est certainement un moindre mal.

Boubacar Sanso Barry

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