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TCHAD: objectif 2033!

C’est clair ! Idriss Deby n’entend pas trainer. Le forum sur les réformes institutionnelles à peine achevé, le président tchadien veut passer à l’adoption de la nouvelle constitution, pour un passage très rapide à la clinquante 4ème république. C’est ainsi que le conseil des ministres d’hier a adopté la nouvelle constitution. On imagine que les députés, à leur tour, devront le faire très bientôt. Même si les Tchadiens, dans leur ensemble, ne se seront pas accordés sur la nécessité et la pertinence de la mutation. Mais de cela, Idriss Deby n’en a cure. Son objectif à lui, contrairement à ce qu’on peut imaginer, ce n’est pas le fait de disposer de tous les pouvoirs. Ce qui est déjà le cas dans les faits. Le véritable mobile de la réforme, c’est le pouvoir à vie. Parce qu’avec la nouvelle constitution, il sera potentiellement présidentiable jusqu’en 2033 !

les vrais mobiles

Certes, à l’issue de l’adoption plus que probable de la nouvelle constitution devant consacrer l’avènement de la 4ème république, les postes de premier ministre et de vice-président seront inconstitutionnels au Tchad. De même, de nombreuses institutions seront fusionnées au nom de l’austérité imposée par la crise consécutive à la chute du prix du pétrole. Naturellement, le véritable bénéficiaire de toutes ces réformes, ce sera incontestablement Idriss Déby Itno dont les pouvoirs seront à la fois étendus et renforcés. Ses opposants à l’intérieur et ses détracteurs à l’extérieur voient déjà en lui un futur monarque. Mais en réalité, ce n’est pas là le vrai mobile de ces réformes. Le chef de l’Etat tchadien n’a pas besoin d’autant d’acrobatie institutionnelle pour s’offrir des pouvoirs qu’il exerce déjà. En réalité, au Tchad, Idriss Deby est seul maître à bord depuis trop longtemps. Entre les opposants qu’il traque, la presse qu’il muselle et intimide et les libertés qu’il confisque, il n’y a déjà aucune place à un quelconque contre-pouvoir.

le contournement

Les raisons profondes de ces réformes annoncées en grandes pompes et prétendument présentées comme innovantes, résidentdans le désir du président tchadien de s’offrir le pouvoir à vie. Il veut s’inscrire dans la logique de Denis Sassou Nguesso, Pierre Nkurunziza, Paul Kagamé et dans une certaine mesure, Joseph Kabila. Bref, il veut s’octroyer quelques mandats supplémentaires, mais s’abstient de mettre l’accent sur ce mot, plutôt controversé désormais sur le continent africain. Pour s’éviter les ennuis qu’avaient récoltés Sassou Nguesso et Nkurunziza, Kabila avait essayé le glissement. Déby, lui, expérimente le contournement. En effet, avec la nouvelle république en perspective, le président tchadien est assuré d’aller très loin au-delà de la limite de 2021. Il sera potentiellement président jusqu’en 2033. Mais en mettant la lumière sur les autres aspects des réformes, il détourne les projecteurs et s’évite la critique des médias. Et la stratégie semble fonctionner, dans la mesure où tout le monde se focalise davantage sur la suppression des postes de premier ministre et de vice-président, et plus globalement sur la concentration des pouvoirs entre les mains du seul président. Ce qui en soi, cependant, n’est pas une nouveauté.

Boubacar Sanso Barrry

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