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SOMMET DE L’UA : la crise migratoire oubliée

Le 31ème sommet de l’Union africaine s’est donc achevé hier à Nouakchott, la capitale mauritanienne. Une vingtaine de dirigeants du continent s’y étaient retrouvés pour la circonstance autour du thème de la corruption. C’est du reste là la version officielle. Parce que dans les faits, comme d’habitude, les crises se sont taillé la part du lion. Il a été notamment question du Soudan du sud, du G5 Sahel et du Sahara occidental. De même, les dirigeants du continent ont fait le bilan des réformes institutionnelles de l’UA portées par le président en exercice de l’institution, Paul Kagamé. Mais à l’évidence, le sommet a passé sous silence la crise migratoire qui déchire actuellement l’Europe et au cœur de laquelle se trouve pourtant l’Afrique. Se méfiant du sujet comme de la peste, les responsables du continent l’ont éludé. Mais au passage, ils n’auront fait que révéler leur irresponsabilité et leur manque de courage.

Une évidence…

Au sommet de Nouakchott, la question migratoire s’imposait pourtant comme une évidence. Le sommet se tenait en effet après la crise autour de l’Aquarius ainsi que la polémique relative au Lifeline. La rencontre avait aussi lieu au lendemain du sommet européen de Bruxelles au cours duquel il a été envisagé que certains pays africains, notamment ceux du Maghreb, puissent accueillir des camps de désembarquement. Par ailleurs, la retrouvaille de Nouakchott passait pour une des meilleures occasions de débattre du sujet, dans la mesure où Emmanuel Macron, désormais acquis aux thèses de l’extrême droite, y était annoncé. Bref, alors que l’Europe n’a jamais été aussi dure à l’égard des migrants, il était du devoir des dirigeants africains de mettre le sommet de Nouakchott à profit pour rompre avec ce lâche et hypocrite silence dans lequel ils semblent avoir trouvé refuge.

Au-dessus des forces…

Malheureusement, un tel sursaut d’orgueil est au-dessus des forces de ceux qui nous servent de chefs. Manquant de courage, personne ou presque n’a voulu contrarier le président français en portant cette question sensible au menu de la discussion. A l’inverse, le chef de l’Etat français, pressé de sortir ses troupes du bourbier malien, continue à pousser dans le sens de l’opérationnalisation de la force mixte du G5 Sahel. Autant dire que même dans les rencontres strictement africaines, les autres peuvent imposer leurs agendas en fonction bien évidemment de leurs intérêts. Dommage !

Migration, le déni des dirigeants africains

Pour en revenir aux leaders africains, le déni qu’ils affichent face à la problématique de l’émigration a quelque chose de paradoxal. D’autant qu’ils sont dans une large mesure à la base de la fuite massive de la jeunesse africaine. Ce sont en effet eux, avec leurs entourages constitués de prédateurs, qui maintiennent l’Afrique dans sa misère et sa léthargie. Dénués de conscience et d’humanité, ils accaparent l’essentiel des ressources de leurs pays respectifs, s’en rendent maitres absolus et laissent la grande majorité végéter dans la dèche. Ce sont aussi eux qui, pour maintenir et pérenniser leurs privilèges indus, s’arrogent le droit de confisquer les libertés et d’ignorer tous les droits. Ainsi, très souvent, pour les jeunes africains, la migration passe pour la seule alternative, en dépit de tous les risques, évidents, auxquels elle expose. Et pour les jeunes migrants, le cercle peut être d’autant plus vicieux que les dirigeants occidentaux qui les traquent et les refoulent de leur sol, sont par ailleurs les complices des autocrates africains.

Boubacar Sanso Barry

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