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SOMMET AFRIQUE-EUROPE: la migration à la va-vite

Dédié à la jeunesse et censé inaugurer un nouveau départ dans les rapports entre les continent africain et européen, le 5ème sommet UA-UE qui a commencé hier dans la capitale ivoirienne, n’augure rien de particulièrement novateur. En tout cas, à en juger par le remède qu’il préconise contre le fléau migratoire dont une des sombres répercussions se vit désormais à travers la traite des migrants en Libye. En effet, sur une question aussi essentielle pour la stabilité des deux continents, l’initiative euro-africaine portée par Emmanuel Macron est loin de répondre au défi. Une nouvelle fois, il s’agit d’une solution-spectacle, parce qu’imaginée avec très peu de conviction. C’est un de ces remèdes dont l’objectif véritable est de mettre en exergue un volontarisme factice de la part de l’initiateur. Quant au fléau lui-même, il demeure entier.

Mesures superficielles

Une seule chose parait pertinente dans l’approche préconisée par Emmanuel Macron. Il s’agit de l’idée du rapatriement des migrants actuellement entre les mains des passeurs à la fois véreux et cupides. Dans une logique d’urgence, cette solution-là est opportune. Mais pour tout le reste, il s’agira de mesures superficielles qui n’impacteront en rien le problème ayant trait à la l’émigration irrégulière de la part de la jeunesse africaine. De fait, ce que Macron préconise, c’est de s’attaquer aux effets, et non aux causes. En effet, la vente des migrants qui suscite tant d’émotion et d’indignation aujourd’hui n’est qu’une des conséquences d’une problématique plus importante qu’est la migration irrégulière. Or, le président français se borne à appeler à des frappes et à des sanctions contre les passeurs qui exploitent la naïveté des jeunes aspirants à la migration. En soi, ce n’est pas mal comme idée. Mais celle-ci devrait plutôt s’inscrire dans ensemble de solutions qui prennent en charge la question depuis le point de départ.

Partir de l’exode rural

A propos, Saliou Camara, activiste et membre de la société civile guinéenne, qui a pris part au contre-sommet organisé à Abidjan par les mouvements sociaux africains et européens, a fait part de sa proposition à notre rédaction : « La gestion du problème de l’émigration clandestine en Afrique doit commencer par celle de l’exode rural. Il faut qu’au niveau des villages et campagnes même, des infrastructures socioéducatives et culturelles soient développées, que des opportunités d’entreprendre des activités génératrices de revenus soient créées pour les jeunes. En lieu et place de l’agro-business profitable aux multinationales et dont les produits sont destinés à l’exportation, nos Etats et leurs partenaires européens doivent soutenir l’agroécologie ou encore l’agriculture familiale. Ce qui pour les jeunes, suppose l’accès à la terre, aujourd’hui entre les mains des grands groupes occidentaux et asiatiques, mais aussi aux capitaux. Bref, il faut qu’au niveau de la plus petite échelle administrative, les jeunes soient mis en situation de responsabilité ».

Vision étriquée et rigide

Malheureusement, cette solution basique qui commence par les fondamentaux, ne figure pas dans l’initiative que promeut Emmanuel Macron. Enfermé dans une vision à la fois étriquée et rigide de la question, le président français semble avoir oublié que ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on réussit à baisser la fièvre. Aussi longtemps qu’on ne se sera pas attaqué à la racine du problème, aucune autre mesure ne marchera. On peut bien rapatrier le contingent de migrants qui croupissent aujourd’hui en Libye et se lancer à la chasse des passeurs. Mais si à Conakry, Dakar, Bamako, Yaoundé ou encore Brazzaville ou Kinshasa, les jeunes continuent à s’entasser dans les villes, sans aucune autre perspective, tôt ou tard, ils reprendront le chemin périlleux de la migration. A défaut de l’esclavage, ils pourraient alors se tuer dans la mer méditerranée. C’est dire que les dirigeants africains et européens n’en seraient pas quittes pour autant. D’où la nécessité d’accorder au problème tout le sérieux qu’il requiert et de commencer à l’aborder par le bon bout.

Boubacar Sanso Barry

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