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SOCIETE : phénomène « fin du mois », le revers de la médaille

A Conakry, un phénomène  s’est emparé de la vie des sèrès, association de filles ou de femmes. Il s’agit du phénomène de ‘’fin du mois’’. Il provoque des divorces et conduit des jeunes filles à la dépravation…Enquête 

Depuis plusieurs années  des  femmes et des filles de Conakry sont dans des associations, communément appelées  ‘’Sèrè’’ généralement constitués autour d’un minimum de 15 membres. Chaque groupe porte un nom,  généralement, celui de  la cheffe, à laquelle il est attribué le titre de ‘’Sèrè-county.  L’idée de  fondement de ces associations repose sur l’entraide mutuelle entre les membres (Sérèdeins), à l’occasion des cérémonies de  mariage, de baptême ou de décès, entre autres.

 Chaque week-end,  dans  un après-midi, les Sèrèdeins –  des femmes ou jeunes filles- se retrouvent  en général  chez la sérè-county pour échanger des idées, récolter les cotisations individuelles  et prendre des décisions pour la bonne marche de leur association.

Le sérè, un monde en apparence tranquille

Mais depuis un certain, une nouvelle dimension s’est invitée dans le monde en apparence tranquille des sérès. Il s’agit de l’affaire de «  fin du mois ». En substance, cela consiste pour une des sérèdeins à recevoir toutes les autres membres de l’association à la fin du mois. A l’occasion, elle doit trouver à manger et à boire pour tout le monde, faire venir un caméraman pour le filmage de la rencontre, déplacer une sono pour l’animation et trouver plusieurs chaises  pour la circonstance.  Et elle doit réunir une forte somme d’argent pour couvrir toutes les dépenses.  Peu importe ses  sources de revenus. En contrepartie, chaque membre doit payer un montant fixé d’avance selon le niveau du sèrè. Avec ce montant, elles achètent des habits pour celle qui les reçoit et lui donne le reste de l’argent.

La danse  organisée pour la circonstance, commence à 21h voire 22h jusqu’à  tard la nuit. Et pour participer à cette fête, toutes les sérèdeins doivent  porter un nouveau complet, une nouvelle coiffure et  se maquiller convenablement.

«  Cette affaire de fin du mois est trop dépensière. Pour assurer les frais, les filles ou même les femmes se prêtent à tout y compris la prostitution », explique Fanta Soumah, Fonctionnaire et mère de famille. Alpha Touré, mécanicien, partage l’avis de la dame. Il a lui-même été victime de la situation. « Je sortais avec une fille depuis longtemps.  Elle était dans un sèrè et  chaque fin de mois, je devais lui donner une somme de 150.000gnf,  sans compter le prix de sa tenue,  ses frais de coiffure et son argent de poche. Je m’occupais de tout ça.  Arrive un mois où j’étais hyper coincé », raconte Alpha. La suite, tenez-vous bien, c’est bien le divorce. « …elle est revenue à ses vieilles habitudes, c’est-à-dire sortir avec ses anciens copins afin de couvrir ses dépenses », précise le jeune. La fille, selon les enquêtes du jeune homme, « gère » actuellement trois garçons à la fois. A croire qu’il lui arrive aussi de découcher. « …le jour de leur cérémonie, j’ai entendu le DJ  l’appeler madame Bangoura, alors qu’auparavant elle portait mon nom à ces occasions », explique Alpha Touré.

 Madame K, en service dans une entreprise privée dit être choquée par ce phénomène. Pour elle, cette affaire de fin de mois n’est  qu’un prétexte pour les jeunes filles de se lancer dans  la débauche. « … je trouve que ce sont des choses inutiles qui poussent plein de  filles à se prostituer mais de façon moderne », déplore –t-elle.

« ce ne sont pas toutes les filles qui se vendent… »

Par contre, il y’a des filles qui justifient leur adhésion à un sérè par la volonté d’économiser de l’argent. Kadiatou  Camara est de celles-là. Elle est vendeuse de poissons au port de Bonfi,  domicilié à Hafia minière. C’est une sèrècounty. « Je suis la fondatrice et la sèrècounty du sèrè Kadija, depuis 4 ans. Nous, nous ne faisons pas comme les autres. D’abord, pour adhérer à sèrè Kadija, il faut être une fille ou une femme qui exerce un métier générateur de revenus », précise-t-elle.  Son sèrè compte 15 filles et les règles de la fin du mois sont toutes respectées. « Chaque mois,  chacune de nous  verse 200.000gnf et un complet phonix. Une personne prend 3.000.000gnf et  les 15 complets.  En retour, elle doit assister à toutes nos cérémonie afin de rembourser  les autres », dit-elle. Avant d’ajouter que personne n’a encore failli aux règles et qu’aucune d’entre elles ne s’est plainte.

Pour Fatoumata Binta, membre du sèrè kadija, les gens devraient arrêter de mal dépeindre la vie des sèrès. «  Ce ne sont pas toutes les fille qui se vendent aux hommes.  Moi,  je revends  des produits cosmétiques et des mèches.  C’est à travers ça que je paye ma cotisation.  Parfois, mon petit  ami m’assiste, c’est vrai  », confesse-t-elle, tout de même.

A ce jour, aucune statistique n’est disponible pour étaler les méfaits du syndrome de ‘’fin du mois’’. Mais, tous s’accordent à dire qu’il crée plus de problèmes qu’il n’en résout.

Mariame Ciré Diallo

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