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RDC : Les compteurs à zéro

Le défi, Etienne Tshisekedi l’a amplement relevé. Pour son retour au pays après deux ans d’absence, le leader de l’UDPS a drainé du monde. Ses partisans comme ils l’avaient promis, mais aussi beaucoup de militants et sympathisants de l’opposition congolaise, lui ont en effet réservé un accueil que tout le monde trouve triomphal. De l’aéroport de Ndjili au siège de son parti à Limeté, massés de part et d’autre de la chaussée, les militants ont contraint son cortège à une progression si lente qu’il y a passé cinq heures d’affilée. Une mobilisation qui passe pour une mise en bouche, dans l’optique du meeting que l’opposition annonce pour le 31 juillet prochain.

En RDC, il y a des raisons de penser que c’est maintenant que les choses sérieuses commencent. Jusqu’ici, le pouvoir, usant à la fois d’intimidation et de répression à l’encontre de ceux qui ne veulent ni d’un glissement électoral, ni d’un troisième mandat, donnait l’impression de maîtriser les choses. Surtout depuis le départ de Moïse Katumbi. Mais avec le retour d’Etienne Tshisekedi et en particulier après la mobilisation et l’enthousiasme que ce retour a suscités, les cartes sont rabattues et les compteurs remis à zéro. A partir de maintenant, c’est un nouveau rapport de force qui se met en place. Un bras de fer que le camp Kabila, contrairement à ce qu’il espérait, n’est pas sûr de remporter.

En effet, dans leur majorité, les Congolais en ont marre de Joseph Kabila et surtout ils voudraient éviter que leur pays figure sur la liste peu honorable que le Congo-Brazzaville et le Burundi occupent déjà. Il leur manquait cependant un élément fondamental : un leadership qui soit en mesure de les organiser et qui, ne serait-ce que symboliquement, puisse incarner l’alternative. Un temps, beaucoup avaient vu en Moïse Katumbi ce guide providentiel. Sauf que ce dernier, victimes des manœuvres souterraines de Joseph Kabila, est désormais persona non grata dans son propre pays. Et c’est ainsi que les résistants congolais à l’instauration du pouvoir à vie, cédant à un certain réalisme, commençaient à ne plus croire et n’étaient pas loin de rallier la realpolitik.

Mais avec le retour d’Etienne Tshisekedi, c’est cette flamme de la résistance qui se rallume et pourrait être attisée. Certes, vu son âge avancé et sa santé plutôt affectée, il n’est pas sûr que l’opposant historique congolais soit revenu dans l’optique de succéder au président actuel. Une telle perspective de sa part, ne serait ni réaliste, ni sage. Toutefois, s’il choisit, comme il semble décider à la faire, de soutenir une alternance, il y a des chances que cette dernière se fasse. Car non seulement, on a désormais la preuve que sa capacité de mobilisation est intacte. Mais en plus, il a dorénavant le rôle de fait de fédérateur et de coach de toute l’opposition.

Kabila et les siens sont donc suffisamment avertis.

Boubacar Sanso Barry

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