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RDC/LE DRIAN : la sortie qui intrigue

Les résultats provisoires des élections présidentielles, sénatoriales et provinciales du 30 décembre 2018 en République démocratique du Congo (RDC), à peine rendus publics, dans la nuit du mercredi à jeudi, les réactions ont afflué des quatre coins du monde. Au nombre de ces prises de position plutôt tranchées, nous notons celle du ministre français des Affaires étrangères. Se confiant à nos confrères de Cnews, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a indiqué que les résultats proclamés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’étaient pas « conformes » à ceux dont il disposait manifestement. Cette appréciation émerge du lot des commentaires parce qu’à bien des égards, elle pose des problèmes. Au nombre desquels la violation de fait du principe de souveraineté de la RDC ainsi que celui de ses institutions.

Qu’on se le dise tout net. Joseph Kabila n’est pas un enfant de cœur. Et si comme certains le disent et que quelques indices le laissent croire, il a noué un deal avec le vainqueur proclamé du scrutin, c’est hautement blâmable. Une telle attitude viderait la compétition électorale de sa substance et de ses vertus principales que sont l’honnêteté, la transparence et l’équité. Pour autant, cela ne donnerait pas le droit à Jean-Yves Le Drian de contester le premier les résultats provisoires publiés par la CENI. Parce qu’à priori, la France n’est pas partie prenante au scrutin, qu’elle n’y a pas un quelconque intérêt et qu’au-dessus de tout, il s’agit d’un pays tout aussi souverain qu’elle-même. Au-delà de la sortie, c’est la promptitude avec laquelle elle a été faite qui révolte. En effet, le ministre des Affaires étrangères français a fait sa déclaration, alors que les principaux acteurs concernés congolais, eux-mêmes, n’avaient pas eu le temps de réagir. Qui plus est, il l’a fait dans des termes peu subtils. De toute évidence, ce n’est pas ainsi qu’on réussira à réformer les relations entre l’Afrique et l’ancienne métropole, de manière à ce que, de part et d’autre de la méditerranée, les nouvelles générations en soient fières.

Par ailleurs, les propos de Jean-Yves Le Drian intriguent en ce sens que mis en rapport avec les positions que la France a adoptées dans d’autres circonstance, ils mettent en évidence une certaine incohérence, sinon du deux poids, deux mesures. En effet, en s’exprimant comme il l’a fait le jeudi matin, le ministre avait manifestement à cœur de faire passer le message selon lequel son pays tient à la transparence et à l’honnêteté dans les processus électoraux et que la démocratie est une valeur qui lui est chère. Soit. Sauf qu’on se rappelle que les autorités françaises avaient explicitement accompagné Denis Sassou Nguesso dans la modification constitutionnelle lui ayant permis de faire sauter le verrou constitutionnel. Par ailleurs, au Gabon, il est clairement établi que la dernière victoire d’Ali Bongo est une triche à ciel ouvert. Mais la France, aux côtés des autres acteurs de la fameuse communauté internationale, a bien fini par s’en accommoder non ?  nfin, le partenaire stratégique de la France qu’est Idriss Deby Itno, n’est pas un exemple de démocratique. Mais Jean-Yves Le Drian ne s’en offusque pas pour autant. Bref, on serait tenté de croire que ce sont d’autres logiques qui guident la prise de position du ministre des Affaires étrangères.

Quoi qu’il en soit, il aurait dû se garder de faire une telle sortie. En ce sens qu’elle est également potentiellement porteuse de germes de violences, dans le contexte de fragilité qui est celui du Congo actuel. En effet, n’oublions pas d’où vient la RDC. Ces dernières années, l’entêtement de Kabila d’une part, et la ferme résistance des Congolais de l’autre, ont soumis le pays à une tension permanente telle qu’il est littéralement une cocotte-minute qui peut exploser à la moindre étincelle. Si on y ajoute les nombreux mouvements armés qui écument des pans entiers de certaines de ses régions et le contexte régional, lui-même, plutôt volatile, il y a suffisamment de risques de déflagration pour ne pas que le ministre français vienne en rajouter avec sa sortie malencontreuse.

Il est bien possible que les choses ne se soient pas passées comme elles auraient dû. Mais avec ces élections et les résultats déjà rendus publics, le Congo a incontestablement franchi un nouveau palier. La tenue du scrutin, la non candidature de Joseph Kabila et l’accalmie relative qui a régné durant la période électorale sont des acquis qu’il faut savoir capitaliser. Pour le reste, l’Angola voisin est là pour nous rappeler qu’entre un deal et sa mise en œuvre, il peut exister tout un océan !

Boubacar Sanso BARRY

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