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RDC : Joseph Kabila, plutôt téméraire

On peut faire tous les reproches possibles à Joseph Kabila. Mais on ne peut s’empêcher de lui reconnaitre un certain goût du risque. Et dans le cas présent, le pari semble plutôt gagnant pour le président congolais. A court terme tout au moins. N’ayant jamais caché sa volonté de demeurer en place au-delà de la limite constitutionnelle de son mandat actuel, fixée au 19 décembre prochain, il est en passe d’arriver à ses fins. N’en déplaise à la communauté internationale dont les positions se ramollissent de plus en plus. Au grand dam de l’opposition congolaise réunie autour du Rassemblement que pilote le sphinx, Etienne Tshisekedi.

Réalité oblige!

Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il nous est donné de constater que le président congolais est sur le point de réussir son pari. Mais la réalité, c’est bien celle-là. Le bras-de-fer entre, d’une part le président Joseph Kabila et les jusqu’au-boutistes de son camp, et de l’autre, la communauté internationale et l’opposition congolaise, tourne manifestement à l’avantage du premier camp. Les pressions pourtant intenses de la communauté internationale dont la France et les Etats-Unis n’auront pas réussi à détourner Joseph Kabila de son ambition. Maniant un souverainisme de mauvais aloi pour légitimer la répression des vrais contestataires congolais d’un côté, et mettant à profit la cupidité des faux-opposants de l’autre, il a tout d’abord réussi à se fabriquer un semblant d’accord comme caution d’un consensus qui n’en est pas un. Mais dans sa position, la forme est certainement plus déterminante que le fond. Bien entendu, il a aussi profité du soutien tacite de l’Union Africaine dont le négociateur, Edem Kodjo, s’est révélé un allié de fait du président congolais. A quel prix ? Personne ne le sait.

La communauté internationale plus nuancée

A toutes ces connexions, s’ajoutant le fait que le président congolais est dépositaire de la force publique, il n’a eu aucun mal à convaincre le monde entier du risque lié à la reprise des hostilités dans ce pays-poudrière. Il est vrai que dans le contexte de la rivalité mortifère entre Pierre Nkurunziza et Paul Kagamé, personne ne veut voir la RDC s’embraser dans cette région en quête d’une paix véritable. Jouant avec un cynisme non dissimulé sur autant de peurs, Joseph Kabila a plus ou moins réussi à faire admettre son maintien au pouvoir comme un fait accompli. Ainsi, ce lundi, il devrait nommer le nouveau premier ministre qui signerait de facto le début de la mise en œuvre de l’accord conclu avec le camp de Vital Kamerhé. D’un autre point de vue, la mission du Conseil de sécurité des Nations unies qui séjourne actuellement dans le pays a désormais un discours plus nuancé. Il est dorénavant clair que la communauté internationale est plus préoccupée par les risques d’affrontements que par la perspective du maintien au pouvoir du président actuel. Surtout qu’entre temps, avec la stratégie du confinement, le pouvoir congolais semble avoir trouvé le remède-miracle aux manifestations des partisans d’Etienne Tshisekedi. Il en résulte que les gesticulations actuelles des opposants congolais s’apparentent à un combat d’arrière-garde dans une bataille perdue d’avance. Pour sa part, comprenant justement que le rapport de force évolue en sa faveur, le président congolais enfonce le clou en ordonnant les médias qui risquent de le contrarier. Et c’est ainsi que le signal de RFI se trouve coupé depuis plus d’une semaine.

Victoire relative

Ceci étant, même s’il réussit le passage en force par le musellement et la répression de ses adversaires, la victoire sera aussi courte que relative. Car il est de plus en plus démontré que la majorité des congolais est opposée à son entêtement. Or, c’est là une majorité qui, guidée par une opposition qui semble ne pas s’avouer vaincue, continuera à fatiguer le pouvoir incarné par Joseph Kabila. En sorte qu’il demeura en place, mais devra renoncer à la tranquillité et à la paix intérieures. Sans oublier le risque toujours envisageable d’un malaise aussi généralisé qu’il pourrait déboucher sur un soulèvement à la burkinabé.

Boubacar Sanso Barry

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