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RD CONGO : qui l’eut cru ?

Il y a deux ans, la bonne nouvelle nous arrivait de la Gambie, avec la défaite surprise de Yahyah Jammeh. Eh bien, en ce début 2019, c’est paradoxalement de la République démocratique du Congo (RDC), particulièrement abonnée aux crises, que nous arrive le souffle de l’espoir démocratique sur le continent africain. En effet, après que le président sortant se soit accroché au pouvoir pendant deux longues années au-delà de son second mandat et qu’il ait en vain usé de toutes les manœuvres pour ne pas organiser les élections, voilà que c’est l’opposant Félix Tshisekedi qui remporte le scrutin du 30 décembre 2018, avec un score de 38,57%. Une issue que quasiment personne n’aurait pu prévoir. Avec tous les problèmes créés à l’opposition et les moyens colossaux dont a bénéficié le poulain de Joseph Kabila, personne n’aurait misé sur la victoire d’un opposant dans une élection qui plus est, organisée par une CENI dont le président, Corneille Nangaa, était la controverse incarnée. Mais la RDC l’a fait ! Elle tient enfin sa première alternance !

« Bravo », a-t-on envie de crier ! Bravo au Congo et aux Congolais. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, cette issue est le fruit d’une résistance acharnée des Congolais. C’est la récompense de leur refus obstiné de céder aux intimidations, aux menaces et même pour certains à la liquidation physique. En dépit de toutes les manœuvres, ils ont tenu bon. Bien entendu, il est question de la bataille des Congolaises et des Congolais, individuellement pris. Mais il est surtout question du sacrifice téméraire de la société civile dont aucune plateforme n’a voulu courber l’échine. Qu’il s’agisse de la très influente CENCO ou des mouvements de jeunesse que sont la Lucha et Filimbi. Toutes sont restées mobilisées et ont aidé à maintenir la flamme de la résistance depuis toutes ces dernières années. Pour elles, la première victoire a été de contraindre Joseph Kabila à se retirer et à organiser l’élection présidentielle. Puis, conscientes que l’élection d’Emmanuel Ramazani Shadary serait synonyme du retour de Kabila aux affaires, elles ont mis tout en œuvre pour que cela n’arrive pas. Notamment par le biais de la surveillance du processus électoral. Et le résultat est là.

Toutefois, même si ce n’est encore que provisoire, Félix Tshisekedi, lui aussi, mérite félicitations. Finalement, il aura raison de ne pas s’aligner derrière Martin Fayulu. Il a le mérite d’avoir cru en sa bonne étoile. Quoique c’est davantage à son père, Etienne Tshisekedi, qu’il convient de penser en ces moments historiques de la RDC. En effet, au sein de la classe politique congolaise, c’est le « Sphinx de Limeté », par ailleurs, figure historique de l’UDPS, qui avait dédié toute sa vie et son combat à  l’alternance démocratique dans ce pays. Durant le règne de Joseph Kabila, il avait incarné l’adversaire le plus coriace et le plus constant de ce dernier. Et s’il n’avait pas été terrassé par la mort, personne mieux que lui n’aurait mérité la victoire que savoure aujourd’hui son fils.

Boubacar Sanso BARRY

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