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RD CONGO : L’incertitude autour du dialogue

La République Démocratique du Congo (RDC) perdure dans la tourmente. Engluée dans une crise née du refus programmé du président Joseph Kabila de rendre le tablier, elle peine à en sortir. D’autant que les méfiances et les suspicions entre l’opposition et la majorité présidentielle menacent l’ultime espoir que constitue l’hypothétique dialogue politique. C’est ainsi qu’Edem Kodjo, le facilitateur de l’Union Africaine dont l’impartialité n’a jamais été évidente aux yeux l’opposition, vient de se faire récuser par cette dernière. Redoutant que cette incompréhension généralisée ne débouche sur des soubresauts et des convulsions dans ce vaste pays à la stabilité précaire, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) rappelle la nécessité de ne pas franchir la ligne rouge.

Méfiance généralisée

Mais il n’est pas certain que le sage message des évêques soit entendu. Le jusqu’au-boutisme des uns et des autres est tel qu’ils sont de plus en plus impénétrables à la raison et à la pondération. Tout d’abord, les opposants retrouvant un semblant d’unité autour du sphinx, Etienne Tshisekedi, n’ont aucune confiance au camp de Joseph Kabila. Ainsi, elle reste convaincue que le dialogue que le président entend organiser n’est qu’un élément d’une stratégie de diversion et d’évitement, lui permettant d’endormir les anti-troisième mandat. Il devrait, croient les opposants, en profiter pour dérouler son plan et les mettre devant le fait accompli. D’où le scepticisme et la prudence dont ils essaient de se prémunir. Et la récusation  d’Edem Kodjo, elle-même, résulte de ce contexte de méfiance généralisée. En fait, en pareille circonstance, le facilitateur qui qu’il soit, n’a aucune chance de réussir s’il néglige l’extrême prudence qui doit caractériser l’ensemble de sa démarche et de son approche.

Où est la sincérité de Kabila ?

D’autant qu’en réalité, le camp Kabila ne fait rien pour rassurer de sa sincérité et de son authentique volonté d’en finir avec cette lancinante crise. Tout au contraire, on a l’impression que le pouvoir congolais fait tout pour davantage crisper le climat sociopolitique du pays. En témoignent les obstacles qu’il cherche à poser au sujet du retour envisagé de Moïse Katumbi. Alors que ce dernier s’efforce légitimement d’invalider le jugement du tribunal de Lumumbashi qui l’a condamné dans l’affaire de la spoliation immobilière, le pouvoir faisant de la fixation sur lui et ne prêtant aucune oreille aux logiques arguments qu’il brandit, se borne à réaffirmer l’intention de le coffrer dès qu’il foulera le sol congolais. Dans le même ordre d’idées, l’annonce du retour du leader historique de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, est aussi envisagée avec une certaine appréhension. Invoquant des raisons qui ne tiennent pas la route, les  autorités s’évertuent à torpiller la grande mobilisation à laquelle ce grand retour pourrait donner lieu.

L’ambivalence

En fait, toute l’attitude du pouvoir congolais tend à accréditer les soupçons de l’opposition. Car tout en feignant de souhaiter un dialogue, Joseph Kabila, la justice et les forces de défense et de sécurité à sa botte, fait tout pour garder ses adversaires le plus loin possible du pays. Comme ça, il a le loisir de se présenter en faiseur de paix, alors même qu’il est la principale menace qui risque de précipiter le pays de nouveau dans la violence. Une ambivalence qui, à elle seule, justifie qu’on ne le laisse pas demeurer en place au-delà de la limite de son mandat actuel.

Boubacar Sanso Barry

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