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RD CONGO : le triomphe de la résistance

Pour une fois, on aborde l’actualité en République démocratique du Congo (RDC) avec un brin d’espoir. Car il n’est pas question de bouder le plaisir. La renonciation par Joseph Kabila au troisième mandat procure du soulagement. Bien entendu, il faudra encore surveiller le processus électoral et continuer à mettre la pression pour que le scrutin soit le plus transparent possible. Mais incontestablement, la non candidature de Joseph Kabila est déjà un acquis qu’il convient de célébrer comme il se doit. Parce qu’il est irrémédiablement un pas supplémentaire dans la marche du continent africain vers l’ancrage de la démocratie par le biais de l’alternance. Il consacre aussi la victoire d’une résistance acharnée d’un peuple sur les forces rétrogrades et les ambitions voraces d’un individu, entouré d’un clan d’opportunistes, tout aussi gloutons. Et c’est une victoire qui, au-delà du seul Congo, devrait parler à tous les peuples opprimés du continent et aux dirigeants partisans du pouvoir à vie.

Une belle distinction

Très souvent cité comme le ventre mou de la démocratie sur le continent africain, la région de l’Afrique centrale marque incontestablement un point avec la décision de Joseph Kabila de ne pas briguer un mandat supplémentaire. Et c’est avant tout au peuple congolais qu’on doit une si belle distinction. En effet, ce n’est surtout pas de gaieté de cœur que le président congolais rend ainsi le tablier. Il y a été contraint et forcé par l’évidence. Les Congolais ne lui ont guère laissé le choix. Un observateur attentif de la crise congolaise nous confiait récemment qu’en choisissant le pari d’un mandat supplémentaire, Joseph Kabila courrait le risque de finir comme feu son père, Laurent Désiré Kabila. A savoir sortir de son palais les pieds devant. Car il faut le dire qu’entre l’entêtement du clan Kabila et la détermination des Congolais, la tension était à son comble. La marge de manœuvre était d’autant plus étroite pour Joseph Kabila que parallèlement à la lancinante crise politique, la paupérisation s’était incrustée dans toutes les sphères de la société congolaise.

Une résistance sans relâche

Pour revenir à la résistance héroïque dont ont fait montre les Congolais, on rappellera la répression sanglante que Kinshasa avait réservée aux soulèvements populaires des 19 et 20 septembre 2016, avec au moins 26 victimes tombées sous les balles des forces de sécurité à la solde du pouvoir. On se souvient également de la bataille aussi courageuse qu’acharnée que l’Eglise catholique et la jeunesse chrétienne ont menée. On n’occulte pas non plus les actions des mouvements citoyens de la Lucha et de Filimbi. Bref, face aux ambitions hégémoniques de Joseph Kabila, les Congolais n’ont cédé ni aux intimidations, ni à la répression. Beaucoup y ont laissé la peau. Mais à l’arrivée, le combat est couronné de victoire. Kabila n’aura pas le troisième mandat que lui et les siens ont pourtant tant convoité.

Un contexte international favorable

Bien sûr, dans cette farouche résistance, le peuple congolais a directement ou indirectement profité d’un contexte international tout aussi hostile à un nouveau bail pour Joseph Kabila. On pense ici en tout premier lieu aux puissances régionales que sont l’Angola et l’Afrique du sud. La pression n’a pas non plus manqué de la part de l’Union africaine, avec en particulier le président de la Commission, Faki Mahamat qui, récemment encore au Togo, rappelait à Kabila la nécessité du respect de la constitution. Mais au-delà, même Donald Trump sur qui Kabila avait pourtant cru pouvoir compter n’a pas voulu de son amitié. En France, avant son départ l’année dernière, François Hollande avait clairement affiché son opposition à un nouveau mandat pour le locataire du palais de la Nation de Kinshasa. Et l’Union européenne, au lendemain de la répression inouïe de septembre 2016 avait édicté des sanctions contre quelques personnalités congolaises dont Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin que s’est finalement choisi Joseph Kabila. Enfin, les Nations unies n’étaient pas en reste dans ce concert de pression qui n’aura laissé aucun répit au pouvoir congolais.

Une source d’inspiration, pourquoi pas ?

Aussi, en révélant hier qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat, Kabila n’a fait valoir aucun mérite. De sa part, ce n’est qu’un entêtement qui arrive à bout. Et c’est tout à l’honneur de tous ceux qui ont résisté. D’autant qu’au-delà de la RDC, d’autres pays africains, faisant face aux mêmes défis, peuvent bien s’en inspirer. On pense notamment à la Guinée où le même flou continue à être entretenu.

Boubacar Sanso Barry

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