ledjely.com

RD CONGO : la communauté internationale se rallie

En République démocratique du Congo (RDC), c’est l’accalmie après la tempête diplomatique qui a suivi la proclamation des résultats provisoires des élections du 30 décembre. Epousant la realpolitik, les acteurs de la communauté internationale, mis devant le fait accompli, cherchent à s’adapter à la situation qui s’impose à eux. Bien entendu, ce n’est pas encore le grand enthousiasme. En tout cas, pas de la part tous. Mais pour la paire Kabila-Tshisekedi, l’orage est certainement derrière. En témoigne le rétropédalage dont ont fait montre hier l’Union africaine et l’Union européenne. Vu que l’une et l’autre n’avaient pas fait dans la nuance dans leur contestation des résultats donnant Tshisekedi vainqueur, la marche-arrière n’est pas évidente. Mais leur ralliement est quelque chose d’acquis. Toutefois, Kabila et Tshisekedi doivent avoir le triomphe modeste. Car une chose est de l’emporter sur une communauté internationale dont les agissements ne sont pas toujours catholiques. Mais c’en est une autre que de faire face aux nombreux défis qui sont ceux de la RDC et des Congolais.

D’ailleurs, sur la nécessité pour le nouveau président congolais de rassembler ses compatriotes, on ne peut qu’admettre la pertinence de la recommandation conjointe de l’Union africaine et de l’Union européenne. Parce qu’il ne faut pas se leurrer. Le pays a certes un nouveau président. Mais la RDC reste aujourd’hui coupée en deux. Il y a celle de ceux des Congolais, essentiellement partisans de Kabila et de Tshisekedi, qui jubilent et célèbrent leur victoire. Mais en face, il y a celle de ceux qui, partisans de Martin Fayulu, de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba essentiellement, sont ivres de dépit et de frustration. Frustration consécutive, à leurs yeux, à l’injustice et à la triche qui leur privent du fauteuil présidentiel. Très vite, le nouveau président devra combler le fossé qui sépare ces deux, en posant notamment des actes qui rassurent ceux qui pourraient avoir des raisons de s’exclure de la dynamique d’ensemble.

Félix Tshisekedi doit aussi avoir à l’idée qu’il est désormais le président d’un pays potentiellement très riche, mais dont les habitants sont parmi les pauvres au monde. Bien entendu, il ne lui reviendra pas à lui et surtout pas en un seul mandat d’éradiquer la pauvreté dans le vaste pays qu’est le Congo. Mais la lutte de ce fléau doit être une de ses principales priorités. Autrement, sa période de grâce sera la plus courte possible. Pour cela, dans les meilleurs délais, il devra mettre en place les différentes institutions (gouvernement, parlement) pour permettre au pays de redémarrer et ainsi sortir d’une léthargie dans laquelle il baigne depuis quasiment trois ans.

Un autre chantier sur lequel le nouveau patron de la RDC sera particulièrement attendu, c’est celui de la lutte contre la corruption. Chantier délicat, s’il en est un pour lui en particulier.  Parce qu’il risque de s’opposer alors au co-dirigeant du pays qu’est Joseph Kabila.  Selon les rapports produits par de nombreux organismes des droits humains et de promotion de la bonne gouvernance, le président sortant n’a surtout pas été vertueux en matière de gouvernance. Il se dit que qu’il concentre autour de son clan, l’essentiel des richesses du pays. Et c’est ce conglomérat que le nouveau président va devoir éclater pour remettre le pays sur les rails et ainsi convaincre des partenaires notamment extérieurs à revenir.

Enfin, parce qu’il hérite d’un pays abonné aux crises et à une instabilité plutôt chronique, Félix Tshisekedi devra faire de la sécurité une autre de ses priorités. Avec le chantier de la corruption, c’est le secteur dont la prise en charge devra rassurer les investisseurs. Là aussi, ça passera pas un choix fort au sujet de la MONUSCO. Si elle doit être maintenue en RDC, la question de l’efficacité de la mission onusienne devra être interrogée, en effet. De même, il faudra peut-être oublier tout ce qui s’est passé ces dernières semaines. Car il faudra probablement discuter avec les voisins que sont le Rwanda, l’Ouganda et même l’Angola pour avoir des résultats sur le front de la paix et de la sécurité.

Bref, la reconnaissance internationale, quoique tardive, est une forme de victoire, en tant que telle. Mais celle-ci ne doit pas faire perdre de vue que c’est seulement maintenant que le véritable travail commence, en particulier pour Félix Tshisekedi. En ce qui concerne Joseph Kabila, on attendra de savoir si, des événements de ces dernières années, il a tiré les enseignements qu’il faut.

Boubacar Sanso BARRY

Facebook Comments
Print Friendly, PDF & Email
Avatar
sanso@ledjely.com, admin@ledjely.com Tel : 628 10 87 62

Laisser un commentaire