ledjely.com

RD CONGO : Kabila, maître à bord

De lui, on dira ce qu’on voudra. Et franchement, sur beaucoup de choses, on n’aurait certainement pas tort. Parce que Joseph Kabila n’est sans doute pas un exemple de démocrate. Les droits de l’homme, il s’en fout comme de la merde. Les richesses de la RDC, il les amasse davantage pour lui et son clan. Bref, Kabila est de ces dirigeants dont le continent africain aurait tout intérêt à se débarrasser. Cependant, celui qui s’apprête à passer le relais à Félix Tshisekedi vient de démontrer qu’il est plutôt un fin tacticien politique. Cerné de partout et relégué au ban de la communauté internationale, il réussit d’abord la prouesse de partir tout en restant. Ensuite, face à la contestation des résultats par l’opposition et la société civile congolaise, soutenues par la communauté internationale, Kabila est parti pour imposer sa volonté. Seul contre tous, c’est bien lui qui triomphe et qui humilie au passage l’Union africaine.  

 

Kabila devenu héros

Le plus grand mérite de Joseph Kabila dans sa gestion des derniers événements dans son pays, c’est le fait qu’il en sort avec une aura qu’il n’avait pas avant les élections du 30 décembre. En effet, au sein de l’opinion publique africaine, beaucoup appréhendent désormais Kabila avec un brin de sympathie et même de fierté. Il passe pour le héros qui a réussi à tenir tête à une communauté internationale que beaucoup en Afrique et au-delà, assimilent à une nouvelle forme d’impérialisme. Bien entendu, on ne se fait aucune illusion. Quasiment, tout le monde a conscience que les résultats donnant Félix Tshisekedi vainqueur ne sont pas ceux sortis des urnes. L’indépendance de la CENI et de la Cour constitutionnelle n’est que de façade. Mais cela justifiait-il le branle-bas de combat qu’il y eu ces derniers jours ? Non, répond-on dans de nombreuses capitales africaines. Parce qu’aux yeux de beaucoup, entre Tshisekedi et Fayulu, il n’y aurait eu aucune différence. Si le premier est manipulé par Kabila, le second l’aurait été par Washington et Paris par l’entremise de Kigali.

L’incohérence de l’UA

D’ailleurs, l’attitude de l’Union africaine a intrigué plus d’un. Le ton ferme et martial employé dans le communiqué du vendredi 18 janvier 2019, à l’issue du mini-sommet d’Addis-Abeba était sans précédent. Pour la première fois, l’instance panafricaine se préoccupait de la transparence dans un scrutin.  Ce réveil n’était-il pas tardif de la part de l’UA ? En effet, où était cette organisation quand les résultats au Gabon ont été rendus publics ? Qu’avait-elle dit de l’élection au Tchad ? Quid de la réélection de Paul Kagamé, l’actuel président en exercice de l’institution ? Les modifications constitutionnelles intervenues au Congo-Brazzaville et en Ouganda sont-elles plus acceptables que ce qui s’est passé en RD Congo ?

L’humiliation

Comme on peut le voir, la réaction qu’il y a eu n’est pas conforme à l’Union africaine. Bien entendu, c’est Kagamé et les autres dirigeants qui se sont réunis. Mais à coup sûr, ils étaient en service commandé. Ils ont servi de bras armé à ceux qui voulaient en découdre avec la RDC de Joseph Kabila. Et c’est sans doute le plus détestable dans l’histoire. Que l’institution dont la vocation est de décider du destin des 55 Etats du continent se fasse ainsi manipuler. Ce n’est pas rassurant. Et c’est franchement humiliant.

Boubacar Sanso BARRY

Facebook Comments
Print Friendly, PDF & Email
sanso@ledjely.com, admin@ledjely.com Tel : 628 10 87 62

Laisser un commentaire