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RD CONGO: Kabila abat ses dernières cartes

A deux mois de la limite supplémentaire qui lui était prescrite par l’accord de la Saint-Sylvestre, Joseph Kabila sort de son chapeau la dernière surprise qu’il réservait à ses opposants et à la communauté internationale. Alors qu’il est désormais évident pour tout le monde que l’élection présidentielle devant sceller son départ du pouvoir n’aura pas lieu en décembre, comme cela était prévu, le président congolais passe par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), pour fixer le nouveau cap. Et il ne fait pas les choses à moitié. En effet, on apprend d’une rencontre tenue hier entre des responsables de l’instance en charge des élections et des organisations de la société civile congolaises, que l’élection ne se tiendrait au mieux qu’en 2019. Même l’échéance de juin 2018 qui avait pourtant été fixée par la même CENI, est rendue caduque. De toute évidence, Joseph Kabila tient à son mandat supplémentaire. Quoi que cette obstination et cette boulimie du pouvoir puissent coûter au Congo et aux Congolais.

Mensonge et roublardise

A ce rythme, le président congolais pourrait passer pour un expert en glissement électoral. D’autant qu’il réunit deux conditions indispensables à ce type d’aventure : une audace suicidaire et le manque de scrupule. En effet, eu égard à tout le mécontentement et aux frustrations qu’elle génère dans son sillage, l’entreprise dans laquelle s’est embarqué Joseph Kabila depuis deux ans, n’est pas sans risques. Des risques décuplés par l’espèce de tension permanente qui règne en RDC depuis que le chef de l’Etat congolais a décidé de manière indue, de rallonger son bail à la tête du pays. Du scrupule, Joseph Kabila n’en a plus non plus. Ainsi, pour arriver à ses fins, le mensonge et la roublardise restent ses principales armes. De même, les morts, les blessés et les milliers de déplacés ayant résulté de son aveuglement, ne le choquent point.

Stratégie de contournement

 

Malheureusement, cette attitude de sa part, ne risque pas de changer de sitôt. Parce que les plus naïfs savent désormais à quoi s’en tenir par rapport à l’élection qui devrait y avoir lieu en décembre prochain, conformément à l’accord de la Saint-Sylvestre. A priori, tout le monde s’était préparé à l’idée que le scrutin ne puisse pas se tenir à cette autre échéance. Mais même parmi les plus sceptiques, personne ne s’imaginait qu’on irait jusqu’en 2019…C’est pourtant ce que vient d’annoncer l’instance en charge des élections. Ainsi donc, la rallonge ne sera ni d’un an, ni de deux ans, ni même de trois ans…Au minimum, elle sera de quatre ans. En s’évertuant à jouer à la montre, Joseph Kabila entend donc s’offrir le mandat de plus qu’on a essayé de lui refuser via une modification constitutionnelle en bonne et due forme. En usant d’une stratégie de contournement, il espère aboutir au même résultat.

Fatalisme et bonne foi hypocrite

La communauté internationale et le peuple congolais sont donc face à leurs responsabilités. En effet, s’il est vrai que Joseph Kabila fait montre d’une certaine intelligence dans ce jeu, il y a qu’on le laisse faire. Ses compatriotes en particulier sont plutôt passifs. Au moment où on constate un certain éveil des consciences sur le continent africain, les Congolais paraissent très fatalistes. Il est vrai qu’avec la disparition d’Etienne Tshisekedi et l’exil forcé de Moïse Katumbi, ils sont plutôt sans repère. Mais on se rappelle que confrontés au même dilemme, les Burkinabè avaient très rapidement su faire le choix entre le pire et le moindre mal. Quant à la communauté internationale, ses principaux acteurs n’arrivent vraisemblablement pas à accorder leurs violons au sujet de Joseph Kabila. Si la France de Hollande avait fait montre de fermeté à l’égard de Kinshasa, Emmanuel Macron qui lui a succédé et surtout Donald Trump, eux, ne perçoivent pas l’urgence qu’il y a à stopper la descente aux enfers de la RDC. A cela s’ajoute que des groupes rebelles en provenance du Rwanda et de l’Ouganda ainsi que des multinationales, tapies dans l’ombre, profitent de l’anarchie ambiante notamment dans la partie orientale du Congo, pour se livrer à une exploitation éhontée des richesses du pays. De juteuses activités incompatibles avec un régime légitime. D’où le peu d’empressement que certains mettent à aider la République démocratique du Congo à se sortir de cette crise. Ce, au-delà des déclarations de principe et de la bonne foi hypocritement affichée.

Boubacar Sanso Barry  

 

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