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RD CONGO: c’en est fini des espoirs de Bemba

Le sort à lui réservé est cruel, mais l’ancien vice-président de la RDC n’est probablement pas surpris par ce qui lui arrive. A moins d’être naïf au point d’avoir réellement cru qu’une démarche légale pouvait encore marcher dans le Congo de Kabila. Il ne fallait pas rêver. Dans sa logique de s’offrir un processus électoral taillé à sa volonté, le président congolais ne pouvait aucunement laisser passer une candidature susceptible de contrarier celui qu’il s’est choisi comme dauphin. L’autre jour, Moïse Katumbi en a été victime. Et hier, c’était à Jean-Pierre Bemba d’en faire les frais. La CENI et la Cour constitutionnelle, c’est du pareil au même. Kabila s’est assuré d’avoir toutes ces institutions à sa botte. Ce sont tous des instruments à son service exclusif. Une attitude de défiance qui, de la part du président congolais, consacre l’échec patent de la diplomatie internationale dans la gestion de ce dossier congolais. En effet, on l’impression que la farce électorale qu’on s’apprête à organiser dans ce pays le sera avec la bénédiction tacite de la communauté internationale qui semble vouloir se contenter de la non candidature formelle de Joseph Kabila.  

Victime de ses égos

A la limite, on comprend la démarche de Jean-Pierre Bemba. Fraichement sorti des griffes de la CPI où les chefs d’accusation les plus graves ont plané au-dessus de sa tête pendant des années, le leader du MLC n’avait aucune envie de faire des vagues. Au contraire, il avait à cœur de convaincre les sceptiques qu’il n’est ni le belliciste, ni le criminel  qu’il a incarné durant des années. Mais il avait certainement oublié que son pacifisme stratégique et sa sagesse retrouvée sont inopérants face à l’adversaire qu’est Joseph Kabila. Quand dans un pays comme c’est aujourd’hui le cas en République démocratique du Congo (RDC), toutes les institutions sont au service de votre adversaire, la compréhension de la logique du rapport de force est la seule sagesse qui vaille. Encore que l’opposition congolaise n’a pas péché que vis-à-vis de Kabila. En dépit des apparences, ses membres ont aussi fait valoir des égos que le pouvoir congolais a exploités. C’est ainsi que le refus opposé au retour de Moïse Katumbi n’avait pas soulevé suffisamment de protestations parmi ses camarades de l’opposition. Du bout des lèvres, quelques-uns l’ont certes soutenu avec des déclarations somme toute convenues. Mais personne n’a fait de son retour une exigence à la participation au scrutin ou à la tenue de celui-ci. Intérieurement, quelques opposants espéraient sans doute pouvoir profiter du vide laissé par l’ex-gouverneur du Katanga. De même, quand le 24 aout dernier, la CENI a recalé six candidats de l’opposition dont Jean-Pierre Bemba, on n’a pas entendu ceux qui ont été admis. Visiblement, là aussi, il y en a qui ont dû voir cette réduction de l’éventail des postulants comme un clin d’œil du destin. Et c’est comme ça que Kabila a eu et aura raison d’eux, l’un après l’autre. Parce qu’après avoir écarté les candidats les plus en vue, du menu fretin, il ne fera qu’une bouchée.

le pari de la communauté internationale

Quoi que l’opposition n’est pas la seule responsable de ce qui arrive. Par son incompréhensible silence, la communauté internationale est également complice de ce qui se trame en République démocratique du Congo (RDC). Parce que comme les opposants congolais, les grandes chancelleries, elles non plus, restent bien dans leur coin. Surtout depuis que Joseph Kabila a annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. Tout se passe comme si cette annonce était le graal. Avec sa non-candidature, c’est comme si tous les obstacles avaient été levés comme par enchantement. En tout cas, depuis personne ne s’intéresse véritablement à ce qui s’y passe. L’exclusion des deux principaux opposants n’indigne pas grand-monde. Les protestations contre les machines à voter n’émeuvent personne. ça crie à Kinshasa et dans les autres villes du pays, mais le monde regarde ailleurs. Kabila peut donc disposer du Congo, de ses opposants, des populations dans leur ensemble et du processus électoral comme bon lui semble. La communauté internationale semble avoir admis qu’une alternance en bonne et due forme est un luxe pour le Congo. Quitte à risquer le scénario à la Poutine-Medvedev, elle pourrait ainsi se contenter d’une transmission du pouvoir entre Kabila et Emmanuel Ramazani Shadary. Le pouvoir de ce dernier pouvant être envisagé comme une subtile transition et une passerelle devant mener à une plus grande ouverture de l’espace politique en vue d’une véritable alternance. Le hic avec un tel pari, c’est qu’il est aussi risqué que le président Joseph Kabila est notoirement imprévisible.

Boubacar Sanso Barry        

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