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OUATTARA-BEDIE : le divorce qui n’arrange personne

L’idylle était censée durer jusqu’en 2020. Mais le couple que formaient Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié vole en éclat à deux ans de la ligne d’arrivée. Soupçonnant son partenaire de trahison, le patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) vient de rompre le lien sans ménagement. Une décision de nature à troubler davantage le contexte de succession d’Alassane Ouattara. Parce que même si elle risque de perturber les plans de l’actuel président, l’option que vient de prendre Henri Konan Bédié, en termes de conséquences, n’est pas nécessairement bénéfique à son camp politique. Du moins à court terme.

Un choix peu évident

A priori, la décision de l’ancien président ivoirien de rompre l’alliance que son parti avait avec le Rassemblement des républicains (RDR) est dictée par le ressentiment. De la part d’Alassane Ouattara, il a l’impression d’avoir été floué. C’est comme si avec toute l’expérience qui est la sienne, il avait été tourné en bourrique. Quand il avait besoin de son soutien, ADO lui avait fait appel en promettant, l’heure du départ arrivée, de faire la passe au PDCI. Sauf qu’entre temps, le RDR ayant pris goût au pouvoir et à ses privilèges, n’a pas envie de s’en priver juste pour honorer une promesse. Du réalisme politique en somme. Mais le sphinx de Daokro ne le digère pas. Il estime avoir laissé passer beaucoup d’occasions et que lui et les siens ont sacrifié autant d’opportunités. D’un point de vue sentimental, sa réaction est donc compréhensible. Cependant, d’un point de vue politique, son choix est moins évident. En effet, que vaut aujourd’hui le PDCI ? Il faut peut-être attendre les communales d’octobre prochain pour se faire une idée qui soit la plus proche de la réalité. Mais on peut s’autoriser à affirmer que le parti ne pèse pas gros. En tout cas si on le compare au RDR auquel il entend se mesurer. Surtout depuis qu’il a subi un vaste mouvement de débauchage de la part du parti d’Alassane Ouattara. En tous les cas, il n’est pas certain qu’avec ce divorce, Henri Konan Bédié puisse obtenir ce qu’il n’a pas eu par le biais de sa coalition avec le RDR, à savoir placer un de ses poulains à la tête du pays en 2020.

Les conséquences pour Ouattara

Pourtant, le camp du président Alassane Ouattara, lui aussi, aura à pâtir de la rupture avec celui qu’il appelle son « grand-frère ». Sans l’apport ne serait-ce que symbolique de Henri Konan Bédié, le nouveau parti unifié, le RHDP, trainera certainement un déficit de légitimité. Mais plus concrètement, en l’absence de l’allié de poids que constituait l’ancien président, Ouattara aura plus de mal à arbitrer entre les prétendants à sa succession, dans son camp politique. Et au bout, c’est la victoire qu’il espère pour sa formation qui risque d’en payer le prix fort. D’autant qu’en cette fin de mandat, la réalité que renvoie la situation socioéconomique de la Côte d’Ivoire relativise quelque peu l’embellie qui avait été tant vantée dans le sillage des taux de croissance robustes. La Côte d’Ivoire reste certes un géant économique sous-régional. Mais cela ne se ressent pas forcément dans le quotidien des Ivoiriens. Comme dans la plupart des pays de la sous-région, on a d’un côté un clan archi-minoritaire, généralement issu de la classe dirigeante, qui s’est enrichi de manière insolente, et de l’autre, l’écrasante majorité des Ivoiriens qui broient du noir. Bref, le bilan d’Alassane Ouattara n’est pas aussi reluisant que le laissaient penser les apparences. Et c’est un facteur qui risque de peser de tout son poids au moment du choix de celui qui doit succéder au président actuel.

Quid du FPI ?

Bien entendu, le camp Ouattara peut légitimement espérer compter sur la sympathie consécutive à l’amnistie qu’il vient de prononcer pour quelques 800 prisonniers politiques. Gbagbo étant toujours à la Haye, quelques militants du Front populaire ivoirien (FPI) peuvent se tourner vers le dauphin que se choisira Ouattara, en guise de reconnaissance. Mais ce soutien-là est trop aléatoire pour qu’on puisse parier dessus. D’autant que deux autres hypothèses sont également envisageables à propos du FPI. Tout d’abord, le PDCI lui aussi peut espérer occuper le vide laissé par Gbagbo. Ensuite, il n’est pas exclu qu’avec la libération de Simone Gbagbo, le FPI renaisse de ses cendres. L’épouse de l’ancien président est en effet suffisamment rompue aux méthodes militantes pour remobiliser la troupe. L’exigence de la libération de son mari pouvant même lui servir de cri ralliement.

Boubacar Sanso Barry    

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