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IMMIGRATION: Macron ordonne, l’Afrique s’exécute

A grand renfort de formules mielleuses et de termes choisis avec soin, on nous avait vendu la promesse que le sommet euro-africain qui vient s’achever à Abidjan marquerait un nouveau départ dans les rapports entre les deux continents. Désormais, nous avait-on rabâché les oreilles, le partenariat qui s’établirait entre l’Afrique et l’Europe, serait caractérisé par un respect mutuel. Rien ne serait plus imposé à l’Afrique. La formule consacrée étant qu’on ne ferait plus les choses « pour l’Afrique, mais avec elle ». Naïvement, certains s’étaient mis à croire. Malheureusement, la rencontre à peine terminée, on se rend compte de la supercherie et du mensonge. En effet, rien n’a changé. Le schéma plutôt rigide est le suivant : le nord continue de décider, et en Afrique, on se hâte d’exécuter. L’approche en gestation quant à la gestion de la crise migratoire en est l’illustration la plus parfaite. Imaginée selon les intérêts exclusifs du continent européen, la nouvelle approche qui met essentiellement en avant la lutte contre les passeurs et autres trafiquants, est ainsi désormais intégralement avalisée par les dirigeants africains. Des dirigeants-pantins si conditionnés qu’ils n’ont pas pris la peine de consulter les principaux concernés, à savoir les populations.

Afrique, déficit de leadership

De tous les défis auxquels l’Afrique reste confrontée, celui relatif au déficit de leaders est le plus préoccupant. Parce qu’il faut oser se l’avouer. En Afrique, des responsables qui soient capables de déceler les pièges et oser les dénoncer, ce n’est pas ce qui court les rues. A propos, le débat actuel autour de la problématique migratoire en donne la preuve la plus éloquente. Jusqu’à ce fameux sommet d’Abidjan, l’émigration des jeunes africains en direction de l’Europe était appréhendée de manière globale, avec un accent particulier sur la pauvreté, la misère et les persécutions de toutes sortes comme causes principales du phénomène. Dans la même optique, l’Europe, en raison de sa politique anti-immigration, passait pour co-responsable des crimes et sévices que les migrants endurent lors de la traversée périlleuse du désert saharien. Le continent européen était particulièrement pointé du doigt pour son choix de délocaliser la gestion de la question migratoire dans certains pays du sahel, via l’installation dans ces pays des hotposts.

Initiative Macron

Sachant que ces reproches affectent son image de puissance humaniste et respectueuse des droits de l’homme, l’Europe est donc arrivée au sommet d’Abidjan avec la ferme décision de se lester de toutes ces critiques. D’où cette fameuse initiative portée par Emmanuel Macron et à l’élaboration de laquelle l’Afrique n’a certainement pas été associée. Initiative qui, dans ses grandes lignes, se résume ainsi : rapatriement immédiat des migrants établis sur les berges de la Libye -qu’ils soient en prison ou non- dans leurs pays d’origine ; mise en place d’une coalition internationale- y compris une intervention armée- pour traquer et anéantir les passeurs et trafiquants qui abusent de la vulnérabilité des migrants.

Manège

Ce qu’il est important à retenir c’est qu’aucune des solutions ainsi envisagées ne remet en cause la vision européenne de la question migratoire. Au contraire, elles ont pour dénominateur commun le fait qu’elles éloignent les migrants de la forteresse Europe. C’est cela la préoccupation de l’Europe. Et malheureusement, elle a réussi à faire passer son message et à le faire accepter par l’Afrique. Ainsi, dans une réaction quasi-automatique, les dirigeants africains se sont retrouvés hier à Addis-Abeba pour se pencher sur le volet rapatriement. Pendant ce temps, la France en particulier s’efforce de faire émerger au plus vite la « Task Force » qui devrait s’occuper des passeurs. Comme ensorcelée, l’Afrique n’a rien compris au manège. Même le très souverainiste président en exercice de l’UA s’est borné à applaudir des deux mains.

Rapatriement, source de déflagrations

Une attitude de soumission béate d’autant plus incompréhensible que le rapatriement des migrants risque de générer des tensions dans certains pays africains. En effet, estimés à entre 400.000 et 700.000 personnes, les migrants africains qui squattent les rives de la Libye, une fois de retour dans les différents pays africains, vont à coup sûr engendrer des problèmes par endroit. Désabusés et gorgés de dépit et d’amertume, ils ne vont pas se contenter de croiser les bras et ruminer leur colère. Les dirigeants ayant aussi facilement avalisé leur retour, étant par ailleurs responsables de leur misère, ils s’évertueront à perturber le sommeil de quelques-uns d’entre eux. Et des déflagrations d’envergure pourraient en résulter. Sauf qu’incapables d’anticiper, les dirigeants du continent n’ont pas non plus envisagé cette éventualité. Une méprise que beaucoup parmi eux devraient payer cash via les soubresauts qui ne manqueront pas.

Boubacar Sanso Barry   

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