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GREVE DES ENSEIGNANTS : la solution par un nouveau congrès est-elle viable ?

Dans le contexte de la crise sociale qui, depuis désormais trois semaines, affecte l’école guinéenne, ce n’est pas chose aisée que d’aborder la question d’une reprise éventuelle du congrès électif du bureau du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG). Dans la mesure où proposée d’une part par le gouvernement via l’Inspection générale du travail, et de l’autre, absolument exclue par les syndicalistes frondeurs, cette option laisse très peu de place à une opinion qui ne soit ni de l’un ou de l’autre des camps en conflit. Mais il convient de reconnaître que l’organisation d’un nouveau congrès est bien une piste de solution à la crise. Pourvu que certaines conditions soient réunies de part et d’autre.

Une des raisons qui justifieraient le recours éventuel à la reprise du congrès réside dans la nature même conflit. En effet, contrairement à ce qu’on nous laisse croire, la grève syndicale qui paralyse l’école guinéenne depuis des semaines n’est pas que liée aux revendications corporatistes. Certes, il en était question, tout au début. Probablement en novembre. Mais à ces premières raisons, se sont depuis greffées, d’autres, plus subtiles, par conséquent plus difficiles à identifier et à satisfaire. Il s’agit des questions d’égo et de fierté personnelle. Toutes les arguties juridiques tendant à contester ou reconnaître Aboubacar Soumah sont en fait au service de ces questions d’égo.

Naturellement, il faut tout de suite relever que l’attitude des autorités guinéennes est de beaucoup dans l’émergence de cette nouvelle dimension. Comme à son habitude, le gouvernement guinéen, dès la première phase de la grève, a fait le choix de s’appuyer sur la faction syndicale réceptive à son message. Quant à l’autre camp, on avait très vite fait de l’affubler de qualitatifs à la fois réducteurs et stigmatisants. On a ainsi dit de la grève qu’elle est « illégale » et « sauvage ». Et pour ne rien arranger à la situation, dès que les velléités de reprise de la grève se sont manifestées après la trêve obtenue par les religieux, Aboubacar Soumah et Cie ont été débarqués du SLECG. Croyant ainsi avoir coupé l’herbe sous les pieds de Soumah en lui arrachant l’ancrage institutionnel en vertu duquel il agit, le gouvernement et la faction qu’il soutient n’avaient réussi qu’à raidir et à radicaliser celui-ci. Malheureusement pour eux, suivant toutes ces péripéties avec une extrême attention, l’opinion publique, elle aussi, a progressivement développé de la sympathie et une certaine affection pour Aboubacar Soumah. Bref, de fil en aiguille, le voilà devenu un leader syndical de fait. Et désormais, c’est ce nouveau statut dont il se sert pour faire payer à l’Etat sa tentative de le liquider en tant que syndicaliste.

Nous sommes ainsi face à un Etat trop orgueilleux pour admettre avoir misé sur le mauvais cheval et un syndicaliste, conscient voire même de sa capacité de mobilisation et résolu à trainer l’Etat dans la boue pour lui avoir causé des misères. Et dans ce schéma, personne ne veut perdre la face. Pour le premier, perdre le bras de fer affecterait pour longtemps l’autorité de l’Etat. Pour le second, c’est son existence, en tant que leader syndical, qui est en jeu. D’autant que pour en arriver là où il est, il a dû renoncer à bien de choses.

En pareille situation justement, la reprise du congrès passe pour la meilleure option. D’autant qu’elle aiderait toutes les parties à sauver la face. Mais comme on le disait plus haut, il y a des conditions pour qu’on aboutisse aux résultats escomptés. Et la première de ces conditions, ce serait que le congrès en question soit authentiquement libre, transparente et équitable. En gros, si aujourd’hui les partisans de Soumah rechignent à prendre part à un nouveau congrès, c’est parce qu’ils redoutent de se faire avoir, dans un simulacre de congrès où les dés seraient pipés à l’avance. Cela voudrait dire que ce sont les membres effectifs du SLECG, à savoir ceux dont le débrayage paralyse aujourd’hui l’école guinéenne, qui votent. Et non des syndicalistes de substitution (fictifs) que le gouvernement pourrait avoir conditionnés et préparés en faveur des adversaires de Soumah. Cela suppose aussi que si, campagne électorale il y a, aucun camp ne bénéficie d’un appui déclaré ou non de la part de l’Etat. Bref, ici la condition sera que les mêmes chances soient accordées à tous les challengers. En définitive, sur la base des rapports de force que tout le monde aura eu le loisir de constater à la faveur de la grève actuelle, le congrès qui sera repris, ne devrait qu’entériner celui que les autorités s’évertuent à contester aujourd’hui.

Mais comme on le voit, tout le monde sera gagnant. Le gouvernement, tout d’abord, aura obtenu la reconnaissance implicite que le congrès dont se prévaut aujourd’hui Aboubacar Soumah n’était finalement pas aussi valide qu’il le prétendait. Quant à Soumah lui, il aura obtenu la reconnaissance explicite qu’il est désormais un interlocuteur dont le choix ne souffre d’aucun doute. Enfin, les négociations pouvant s’engager dans la foulée, l’école guinéenne pourrait alors en finir avec cette grève qui n’a que trop duré.

Boubacar Sanso Barry

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