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ETIENNE TSHISEKEDI : une disparition-menace pour la Transition

Le sort travaillerait-il pour Joseph Kabila ? Difficile à dire. Mais il est certain que la mort de l’opposant historique congolais ne plongera pas le président de la RDC dans la même tristesse que celle qui étreint les millions de militants de l’Union pour le développement le progrès social (UDPS). Tout au contraire, Tshisekedi absent, il est à craindre que le processus de la transition qui se mettait laborieusement en place, ne soit tout bonnement remis en cause. D’autant que celui qui, les trente dernières années, a incarné le changement et porté les espoirs d’une alternance politique en bonne et due forme, laisse derrière lui une opposition aux convictions pas aussi ancrées que l’étaient les siennes et un peu trop portée sur les égos, pour espérer combler le vide.

Tshisekedi, reconversion réussie

D’Etienne Tshisekedi qui s’en est allé hier à l’âge de 84 ans, on oublierait presque qu’il a été un proche collaborateur de Mobutu pendant les 20 premières années du Congo indépendant. C’est que depuis la rupture opérée en 1980, l’homme s’en est tenu à ses convictions et a fait montre d’une constance singulière dans son combat. En sorte que c’est son image d’opposant intransigeant et notoirement réfractaire au compromis qui s’est incrustée dans le subconscient collectif. Pour leur part, les Congolais, soumis à une succession de dictatures, voyaient en lui le seul espoir de sortir de l’engrenage. En conséquence, ils lui ont témoigné leur fidélité  et l’ont investi de leur confiance jusqu’au crépuscule de sa vie. Ainsi, en juillet dernier, pour son ultime retour à Kinshasa, bien qu’affaibli par l’âge et rongé par la maladie, il avait eu droit à un accueil dont la mobilisation restera des plus grandioses de sa longue carrière politique. L’autre indice du lien fusionnel qu’Etienne Tshisekedi a toujours eu avec ses compatriotes, ce sont les résultats de l’élection présidentielle de 2011. En dépit des chiffres officiels qui avaient proclamé Kabila vainqueur du scrutin, des observateurs de la communauté internationale et une frange non négligeable de l’opinion congolaise restent convaincus de le Sphinx en était le véritable élu.

Un vide difficile à combler

Cynisme politique oblige, la disparition d’un opposant d’une telle aura et avec une telle popularité, n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour le régime en place. Tout au contraire, la mort de Tshisekedi risque chambouler le champ politique congolais. Tout d’abord, les différentes péripéties de la crise récente auront permis de révéler que chez certains opposants, la conviction est non seulement mouvante, mais qu’elle est aussi subordonnée aux espèces sonnantes et trébuchantes. Par ailleurs, Etienne Tshisekedi, à son corps défendant, était une figure de ralliement autour de laquelle s’est construit le Rassemblement, l’entité faitière de l’opposition radicale dont la mobilisation avait contraint Kabila à lâcher du lest. En chef de troupes promptes à lui obéir au doigt, il était également un instrument de persuasion dont le pouvoir devait nécessairement tenir compte afin de ne pas se soustraire aux engagements pris via l’accord du 31 décembre dernier. Avec la mort de l’opposant historique, c’est donc un pilier stratégique de la mise en œuvre de l’accord politique inter-congolais qui vient d’être arraché. Mais en cela, Tshisekedi lui-même n’est pas exempt de reproches. A l’image d’autres leaders charismatiques du continent, il n’aura pas envisagé sa finitude et n’a donc pas préparé sa succession. Se refusant à aller à la retraite, il n’aura plié que devant la faucheuse. Bien dommage de la part d’un homme de sa stature.

Boubacar Sanso Barry

 

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