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ETIENNE TSHISEKEDI: une dépouille qui divise

Symbolisant l’opposition politique en RDC depuis environ 40 ans, Etienne Tshisekedi, l’ancien leader historique de l’UDPS, décédé le 1er février dernier, suscite encore des passions. En témoigne la vive polémique autour de ses funérailles dont on ne connait pas encore la date. Au centre d’un enjeu politique particulièrement sensible eu égard à l’accord politique de la Saint-Sylvestre non encore appliqué, la dépouille de Tshisekedi ne divise pas qu’opposition et pouvoir. Au sein même de l’opposition, on a des nuances entre les différentes positions défendues par les uns et les autres. Une mésentente qui n’augure rien de bon quant à la succession du « Sphinx de Limeté ».

Kabila en quête d’image

Dans le débat agité autour des funérailles de l’opposant historique congolais, on serait tenté de demander de quoi se mêlent Joseph Kabila et ses proches. Vu les relations particulièrement corsées que ce dernier a entretenues avec le régime en place à Kinshasa, il est en effet plus qu’étonnant que le pouvoir envisage organiser ses obsèques. Mais percevoir les choses sous cet angle revient à omettre le fait que même mort, Tshisekedi est d’un enjeu politique non négligeable. Tout d’abord, en s’invitant dans les funérailles de l’opposant, le gouvernement est en quête d’une certaine image. De lui-même, il veut renvoyer l’image d’un camp qui prend de la hauteur et qui sait faire la différence entre le politique et l’humain. Cette attitude peut non seulement ramollir les successeurs de l’opposant mais aussi sensibiliser la communauté internationale, plutôt sur le pied de guerre. En second lieu, les autorités congolaises aimeraient maîtriser la portée symbolique que les partisans du leader de l’UDPS entendent associer à son inhumation. Parce qu’au regard de sa grande popularité, il n’est pas exclu que de sa tombe, Tshisekedi continue de hanter le sommeil des dirigeants actuels de la RDC.

Nuances prémonitoires

Face à cette surprenante immixtion du pouvoir congolais, l’opposition est loin d’être unie. Ainsi depuis le décès de celui qui s’était proclamé vainqueur de l’élection présidentielle de 2011, on a entendu beaucoup de choses. Tout d’abord, au sein du Rassemblement, l’entité qui réunit les formations dont la pression avait contraint le gouvernement à revenir autour de la table du dialogue politique, certains ont voulu que le retour de la dépouille de l’opposition soit subordonné à la mise en œuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre. Désormais, au sein de la famille biologique de Tshisekedi, cette position n’est plus une condition. De même, on sent que certains ne sont plus si opposés à l’idée que le gouvernement soit associé à l’organisation des funérailles. L’éventualité d’une co-organisation est même fortement envisagée. Enfin, il n’est pas non plus exclu que l’idée d’une marche funèbre qui avait également été évoquée, soit abandonnée. Parce que Félix, le fils du défunt opposant ne voudrait que l’inhumation de son père soit émaillée d’un « bain de sang ».

Un autre glissement en vue

Comme on le voit, au sein de l’opposition congolaise, certaines lignes de démarcation émergent. Alors même que le vieux n’est pas mis en terre, un fossé se manifeste entre l’UDPS et les autres formations de l’opposition. Même si divergences demeurent très subtiles encore, une implosion du Rassemblement est donc prévisible. Une perspective qui, si elle se réalise, sonnera comme du pain béni pour le pouvoir congolais. Un pouvoir dont on sait déjà qu’il voit en la disparition de Tshisekedi, l’occasion qui permettra de faire glisser le calendrier de la transition. C’est même, à un niveau ultime, l’objectif qui justifie sa feinte compassion de ces derniers temps.

Boubacar Sanso Barry

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