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ETHIOPIE-ERYTHREE : la paix en vue

Ce n’est pas encore le bout du tunnel dans le processus de normalisation des relations entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Certains engagements devront sans doute se matérialiser et l’espoir se concrétiser pour qu’on brandisse le V de la victoire. Mais au regard du passif lourd entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique et des conséquences énormes que celui-ci a entrainées pour chacun des deux, ce qu’il nous est déjà donné de voir relève de quelque chose d’historique. C’était espéré il y a encore quelques mois. Et c’est surtout au nouveau premier ministre ethiopien, Abiy Ahmed, qu’on le doit. Fringuant, aussi réaliste que progressiste et d’un volontarisme très trempé, le chef de gouvernement issu de l’ethnie Oromo, dans la logique de la décrispation qu’il ambitionne, n’entend manifestement pas demeurer prisonnier des relations tendues que son pays a jusqu’ici entretenues avec l’Erythrée.  Et c’est pourquoi c’est lui qui était hier à Asmara, dans la capitale du voisin, et qui aura donc permis la poignée de main et l’accolade symboliques avec Isaias Afwerki. Avec la dynamique qu’il enclenche ainsi, Abiy Ahmed se donne tout d’abord le moyen de restaurer la sérénité dans son propre pays. Mais il tend surtout une perche à l’Erythrée, en vue de sa réintégration dans le concert des Nations.

50 ans de brouilles

Aussi incroyable que cela puisse l’être, ce sont des brouilles vieilles de près d’un demi-siècle qui pourraient prendre fin avec la dynamique de la détente qui se met en place entre l’Ethiopie et l’Erythrée. En effet, l’inimité entre les deux pays est en quelque sorte un héritage des fantaisies et des caprices du colonialisme. Des rapports difficiles qu’un contentieux territorial devait par la suite prolonger au-delà de l’indépendance de l’Erythrée, en 1993. Un différend assorti d’une guerre entre les deux qui, entre 1998 et 2000, a fait quelques 80.000 victimes. Et même si en 2002, une commission internationale soutenue par l’ONU devait trancher le litige territorial en faveur de l’Erythrée, l’Ethiopie a jusqu’ici continué à occuper la portion de terre disputée, dont la ville symbole de Badmé. C’est donc à cette histoire commune, fortement nourrie du sang, des larmes et de la douleur, de part et d’autre de la frontière entre l’Ethiopie et l’Erythrée qu’Abiy Ahmed et Isaias Afwerki s’efforcent de mettre un terme. Ils entendent lui substituer des rapports de bon voisinage dont profiteront réciproquement peuples éthiopien et érythréen.

Les Etats-Unis plutôt favorables au dégel

Ils peuvent pour cela compter sur des acteurs de la communauté internationale qui ont intérêt à ce que les rapports entre les deux pays se normalisent. Il s’agit en particulier des Etats-Unis de Donald Trump. Conscient de la position stratégique qu’offre l’Erythrée, avec son ouverture sur la mer rouge, le pays de l’Oncle Sam pourrait même avoir subtilement suggéré au président érythréen de répondre favorablement à la main tendue du premier ministre éthiopien. Ce dégel pouvant ensuite légitimer sinon justifier que les Etats-Unis rétablissent les rapports avec Asmara. Parce que la présence de la base chinoise à Djibouti l’exige.

Profits partagés

Indépendamment de ces enjeux géostratégiques qui intéressent davantage les grands du monde, des rapports plus normalisés entre l’Ethiopie et l’Erythrée seraient sans conteste profitables en premier lieu aux deux pays. D’abord, pour ce qui est de l’Ethiopie, le front érythréen une fois calme, on retrouve une certaine tranquillité, de manière à se concentrer sur d’autres enjeux de développement du pays. Quant à l’Erythrée, la fin des tensions avec le voisin pourrait paradoxalement apporter une certaine détente intérieure. En effet, jusqu’ici, le président Afwerki a instrumentalisé le conflit avec l’Ethiopie pour verrouiller l’espace politique et se livrer à une répression féroce contre ses opposants, souvent accusés de collaborer avec l’ennemi. De même, dans le sillage de la santé économique qu’affiche l’Ethiopie, il n’est pas exclu que l’Erythrée, elle aussi, renoue avec l’embellie économique. D’autant que son isolement diplomatique pourrait être rompu dans la foulée. Sans oublier que cette réconciliation, improbable jusqu’à récemment, renverrait de l’Afrique une image qui tranche avec les clichés de l’autre Afrique, embourbée dans ses divisions et incapables de transcender ses clivages.

Boubacar Sanso Barry

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