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EDUCATION INCLUSIVE : les enfants handicapés pris en compte dans le prochain programme

La restitution des résultats du travail de collecte et d’analyse complémentaire des données sur les enfants en situation de handicap hors du système éducatif et l’état des lieux de la prise en charge effective de leurs préoccupations s’est déroulée du 3 au 5 janvier 2019 à l’Institut National de Recherches et d’Actions Pédagogique (INRAP). Il s’agit désormais de la prise en charge effective de leurs préoccupations afin que le système éducatif allant de la maternelle à l’enseignement supérieur soit inclusif à tout point de vue.

Oumar Sy, Coordinateur de l’équipe technique nationale en charge de l’élaboration du rapport d’état sur le système éducatif — © UNICEF/ I.S. KABA

En 2013, une étude sur l’identification des enfants en situation de handicap (ESH) a été menée avec le Ministère de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation dans 160 écoles pilotes des 8 régions de la Guinée. Cette même étude a permis de recenser 3 468 ESH dans les écoles et les ménages dont 1796 scolarisés contre 1 672 non scolarisés. Selon l’étude complémentaire réalisée en 2018, les enfants en situation de handicap veulent majoritairement (62%) faire des études au regard des activités qu’ils aimeraient exercer à la fin de leurs études, contre 38% qui n’ont plus de motivation à poursuivre leur formation. Toutefois, 21% de ces derniers, souhaiteraient continuer leurs études s’ils reçoivent une assistance en rapport avec leur handicap.

Oumar Sy, Coordinateur de l’équipe technique nationale en charge de l’élaboration du rapport d’état sur le système éducatif (RESEN), nous confie :« le RESEN a été élaboré par le secteur de l’éducation et de la formation, qui a fait un constat sur l’éducation en Guinée. Après partage du rapport, des recommandations ont été formulées à savoir, élaborer une étude sur les innovations menées dans des programmes passés et une étude sur l’intégration de la dimension inclusive dans le futur programme sectoriel de l’éducation. Nous voulons désormais dans le nouveau programme mettre les ESH avec les autres élèves en réunissant les conditions favorables. Ce, de la construction scolaire aux curricula en passant par les outils pédagogiques. L’on a maintenant une stratégie claire et précise qui permet de prendre en compte cette dimension d’inclusion dans le programme décennal de l’éducation 2019–2028 ».

En Guinée, les personnes vivant avec une déficience mentale, visuelle ou motrice sont traitées avec méfiance et très souvent stigmatisées et marginalisées. Certaines sont présumées porteuses de malédiction. Donc, pour ceux qui ont la chance d’aller à l’école, après le cycle primaire d’éducation spécialisée, la poursuite de leurs études s’avère compliquée. C’est le cas par exemple de Bakary Mansaré, déficient visuel, professeur titulaire de philosophie dans un lycée de la place, fruit de la seule école primaire spécialisée pour les déficients visuels du pays “le Centre Sogué’’.

Bakary Mansaré, déficient visuel, professeur titulaire de philosophie dans un lycée de la place — © UNICEF/ I.S. KABA

Depuis sa création en 2002, le Centre Sogué a contribué à la formation de base de beaucoup d’enfants. Cependant, seuls quelques-uns ont eu l’opportunité et le courage de poursuivre leurs études. Bakary nous raconte son expérience « L’intégration avec les autres enfants se passait plus ou moins bien, la différence est que j’utilisais le braille. Je m’asseyais toujours en classe avec des amis qui prenaient toujours le temps de me dicter ce qui était écrit au tableau. Mais lorsqu’il s’agissait de passer les évaluations, l’on avait un professeur de suivi qui s’occupait de moi ».

La volonté aujourd’hui du gouvernement est de prendre en compte la situation du handicap des enfants dans le nouveau programme décennal de l’éducation, afin qu’aucun enfant ne soit laissé de côté. Ibrahima Sory Soumah, Directeur Adjoint du Bureau de Stratégie et du Développement du Ministère de l’Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle, de l’Emploi et du Travail (METFPET), explique :

« Avant, les programmes en charge du développement de l’éducation et la stratégie d’inclusion des enfants en situation de handicap prenaient en compte uniquement le secteur de l’enseignement élémentaire et éventuellement le préscolaire. Pour ce nouveau programme décennal, il a été décidé de prendre en charge tout le système éducatif, c’est-à-dire de la maternelle à l’université. C’est ainsi que tous les volets du ministère de la formation professionnelle sont concernés ».

En dépit des difficultés supportées par leurs parents, et d’une série de contraintes liées à la distance, aux infrastructures architecturales et à l’aspect topographique de la cour de l’école, au contenu pédagogique des cours, près de deux personnes handicapées sur trois souhaiteraient continuer leur formation. El hadj Aboubacar Coulibaly, Directeur du projet Éducation Inclusive au Ministère de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance, explique : « L’éducation inclusive a été initiée par le département de l’Action Sociale pour soulager en grande partie des personnes handicapées, pour le moment exclues de l’éducation, les sourds, les sourds-muets, les aveugles et les malvoyants et les personnes handicapées souffrant de motricité, etc. L’éducation inclusive participe non seulement à la préparation de l’intégration sociale de la personne handicapée, mais aussi favorise le contact entre les enfants dits handicapés et les enfants dits non handicapés des établissements. Ce qui favorisera la cohésion sociale ».

Parmi les difficultés rencontrées durant son parcours scolaire, Massoud Barry, déficiente motrice a connu des problèmes liés à l’accès à sa classe, ou encore aux latrines par manque d’infrastructures adéquates, mais également la stigmatisation. Elle n’a jamais baissé les bras et avec une ferme détermination, elle a poursuivi ses études jusqu’à l’obtention d’un diplôme en Économie et Finances de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia. Aujourd’hui, Massoud Barry est réceptionniste à Plan International Guinée. « J’exhorte les autorités à penser aux personnes handicapées et à adapter les espaces et les services publics aux personnes handicapées.Faire en sorte que nous, personnes handicapées, puissions nous exprimer librement. La population doit aussi changer son regard envers les personnes handicapées. Car dès qu’on te voit, on ne pense pas à ton potentiel, mais à ton handicap ».

Massoud Barry, Caissière réceptionniste à Plan International Guinée — © UNICEF/ I.S. KABA

Parmi les recommandations formulées au terme des travaux d’élaboration de la stratégie de l’éducation inclusive en Guinée, il y a entre autres, la mise en place d’un mécanisme de suivi des personnes déficientes et marginalisées dans tous les établissements d’enseignement et de formation, la formation et le renforcement des compétences techniques et pédagogiques de tous les enseignants en situation de classe sur la thématique de l’éducation inclusive, la construction et l’adaptation des infrastructures scolaires (salles de classe, bibliothèque, équipements sportifs, latrines, etc.) et l’application de la loi portant protection et promotion des personnes handicapées en Guinée, etc. Ces recommandations seront prises en compte dans l’élaboration du prochain programme décennal de l’éducation 2019–2028.

Cette session de travail a connu la présence des cadres du Ministère de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance, du Ministère de l’Enseignement Technique, de la formation Professionnelle, de l’Emploi et du Travail, de l’UNICEF, de la GIZ, de Plan International Guinée et de ChildFund.

Ibrahima Sory Kaba pour UNICEF Guinée

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