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EDITO: la faim en Afrique, un fléau inacceptable

L’Afrique, le continent-réceptacle par excellence des mauvaises nouvelles et de tous les fléaux. Au gré des rapports et autres publications, cette réputation peu enviable s’ancre et se consolide. Notoirement connue pour ses soins de santé dérisoires, son système de formation au rabais, les nombreux conflits qui la minent et sa difficulté singulière à s’arrimer à la locomotive de la démocratie planétaire, l’Afrique se distingue aussi par le nombre de ses habitants victimes de la faim. En effet, si l’on en croit au rapport publié hier par le Fonds des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), là aussi, l’Afrique arrive en tête. Quoi que la tendance à l’augmentation de la faim est un phénomène mondial avec près de 821 millions de personnes ne mangeant pas à leur faim. Pour la troisième année consécutive, le fléau est en progression. Le dérèglement climatique y serait pour beaucoup. Cependant, pour le cas de l’Afrique, ce seul facteur ne saurait expliquer que 29,8 % de la population du continent ne puissent pas manger à leur faim. D’autant que les potentialités sont légion. Des facteurs plus endogènes sont à l’œuvre pour que près de 400 millions d’Africains soient privés du droit élémentaire à l’alimentation.

Le dérèglement climatique certes,…

Naturellement, il ne faut pas nier l’impact des phénomènes climatiques. Dans la Corne de l’Afrique et le Sahel notamment, la sécheresse et le déficit de la pluviométrie annihilent toute perspective agricole. De même, au Niger, les inondations qui surviennent à l’occasion de chaque saison des pluies ont pris l’habitude de dévaster des étendues entières de champs agricoles. Dans le pourtour du lac Tchad également, la baisse progressive du niveau de l’eau du lac décourage et menace bien de paysans. Et le même phénomène est à l’œuvre dans les zones traversées par le fleuve Niger qui prend sa source en Guinée. Plus globalement, les paysans de la zone ouest-africaine du continent se plaignent de la faible pluviométrie et des retards de plus en plus systématiques de l’hivernage. Cependant, il convient d’admettre que ces phénomènes passent pour marginaux, lorsqu’on les compare aux grandes catastrophes enregistrées en Asie et dans certaines parties du continent américain.

Un problème de paradigme

D’où la nécessité d’explorer d’autres pistes pour identifier d’autres facteurs susceptibles de rendre compte de l’ampleur de la famine en Afrique. Et à propos, il ne faut pas passer par quatre chemins. En Afrique, la faim est davantage fruit d’un paradigme inapproprié du développement ou d’un manque de vision de la part de l’élite en général. Autrement, le continent dispose de 80 millions d’hectares de terres arables, soit 60 % des terres inexploitées dans le monde. A cet atout, vient s’ajouter la disponibilité de l’eau en abondance. De la main d’œuvre, il y en a également avec tous les jeunes qui peuplent le continent. Mais un demi-siècle après les indépendances, l’Afrique se complait encore dans l’importation de sa nourriture. C’est d’autant plus révoltant que certains des pays d’importation sortent, eux aussi, à peine du joug colonial. Il se trouve qu’en Afrique, au-delà des slogans creux et sans lendemain, les dirigeants relèguent l’agriculture à l’arrière-plan de leurs priorités. Friands de devises étrangères, tous se ruent sur les mines ou les hydrocarbures. Plus généralement, en Afrique, le secteur tertiaire fait la pluie et le beau temps, alors que les secteurs producteurs sont confinés dans un coin. Et même quand il y en a qui s’efforcent de s’intéresser au secteur agricole, ils misent davantage sur les cultures de rente (café, cacao, coton, noix de cajou, banane, etc.) au détriment de l’agriculture paysanne et familiale. Conséquence? L’Afrique reste engluée dans un schéma aussi rigide que simpliste. Elle exporte les mines et le pétrole bruts, elle importe de quoi nourrir sa population. Autrement, elle restitue de la main gauche, ce qu’elle reçoit de la main droite.

L’aide qui n’aide point

Or, ce schéma, l’Afrique n’est pas prête d’en sortir. Parce que des perspectives de changement du paradigme, on n’en voit aucun signe. Tout au contraire, la tendance est à l’accaparement des terres africaines par des puissances plus soucieuses de nourrir les leurs. La Chine, l’Inde, l’Arabie Saoudite ou encore le Qatar sont particulièrement indexés. Munis de leurs chéquiers, ils achètent les terres à tour de bras. Des terres qu’ils mettent en valeur sans se soucier outre mesure d’en faire profiter aux populations africaines. Pendant ce temps, les dirigeants africains se bousculent à toutes les rencontres pour solliciter une aide qui décidément les maintient davantage dans la dépendance qu’elle ne sort leurs peuples de la misère.

Boubacar Sanso Barry

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