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DOS SANTOS: la retraite intelligente

Ça y est! Le processus de reprise en main du pouvoir en Angola connait désormais son épilogue. L’acte final a été posé le samedi dernier, à l’occasion du 6ème Congrès du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA, le parti au pouvoir). En contraignant son prédécesseur à ne pas briguer un nouveau mandat à la tête du parti historique, le nouveau président angolais, João Lourenço, récolte la seule parcelle du pouvoir qui lui échappait encore. Pour sa part, l’ancien président, Jose Eduardo Dos Santos, prend la retraite de manière quelque peu anticipée. Mais en ne résistant pas, il fait de nouveau preuve tout à la fois de réalisme, de sagesse et d’élégance. Parce qu’il épargne à son pays un bras de fer dont il n’avait certainement pas besoin. Toutefois, l’approche plutôt brutale du nouveau président, même si elle reste plébiscitée aussi bien en Angola qu’à l’étranger, pourrait être contreproductive au niveau africain.

Rythme effréné

Le rythme aura été pour le moins effréné.  Douze mois, c’est exactement qu’il a fallu au nouveau président angolais pour récupérer l’intégralité d’un pouvoir que son prédécesseur avait mis 37 années durant à consolider et à concentrer entre ses mains. C’est dire que Dos Santos qui comptait encore peser sur le destin de son pays n’a pas mis du temps à déchanter. Lui qui s’était pourtant secrètement imaginé qu’en misant sur son ancien ministre de la Défense, le pouvoir resterait à la maison. C’était sans compter que João Lourenço n’est pas homme à s’accommoder de la tutelle. Estimant avoir trop longtemps évolué à l’ombre de son prédécesseur, le nouveau président, à peine investi, s’est employé à prendre son envol. Surfant sur les ressentiments et la déception auxquels Dos Santos et son clan restent associés aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, JLo s’est mis en devoir de rompre et de se démarquer de l’ancien système. Retournant quelques membres influents du parti, il s’est plutôt facilement attaqué aux parents et proches de Dos Santos. D’autant plus facilement que beaucoup d’entre eux trainaient des casseroles sur le plan de la gestion des entités dont ils avaient la charge. Dans cette traque aux allures de « chasse aux sorcières », le cas Isabel Dos Santos reste le plus emblématique. Jadis citée en exemple par nombre de magazines comme l’incarnation de la femme d’affaires en Afrique, l’ex-patronne de la puissante SONANGOL est débarquée sans ménagement, dès novembre 2017. Le même sort est réservé à d’autres proches de l’ancien président. La même purge est opérée dans les stratégiques secteurs de la sécurité et des renseignements. Partout, João Lourenço orchestre une petite révolution qui amène des hommes qui lui sont proches ou qui l’ont rejoint, soit par opportunisme, soit par réalisme. Ainsi, il était certainement difficile à Dos Santos de résister. De l’influence, il savait qu’il n’en a plus.

Humilité et sagesse

Mais cela n’enlève rien au mérite du choix qu’il a fait de partir, sans crier gare. Dans ce geste ultime, il y a tout d’abord une certaine humilité. Celle qui incline à reconnaître ses limites, sa défaite. Mais il y a aussi de la sagesse. Celle que lui imposent ses 76 ans révolus dont 37 passés au pouvoir. En effet, n’eut-été cette sagesse, il aurait pu faire valoir la logique de la vengeance, en vue de faire payer au président actuel sa « trahison ». Et même si les chances qu’il remporte le bras de fer étaient quasi nulles, il aurait pu rallier quelques nostalgiques à sa cause. Le pays se serait vite retrouvé pris au piège de l’imbroglio qui en aurait résulté. Et de l’issue aussi incertaine qu’imprévisible de la bataille, des conséquences encore plus fâcheuses pour le pays auraient pu advenir. Mais avec le simple choix de partir, il évite à son pays toutes ces sombres perspectives. Certes, comme il l’a lui-même reconnu, il y a bien de choses qu’on peut légitimement lui reprocher. A défaut d’un tribunal, il devra rendre compte à l’Histoire. Mais il faut également lui reconnaître la grandeur d’avoir compris que l’heure du départ est arrivée pour lui. Une grandeur qu’il convient d’autant plus de mettre en exergue que le défi de l’heure en Afrique, c’est justement l’alternance politique.

Approche discutable

D’ailleurs, en la matière, l’approche de João Lourenço est fort discutable. Sur un continent où les dirigeants sont enclins à invoquer la phobie de l’après-pouvoir pour s’accrocher à leurs fauteuils, le fait de se retourner aussi brutalement contre son prédécesseur n’est pas de nature à encourager l’alternance. Surtout que dans la manière, il y a comme une volonté manifeste d’humilier l’ancien président. Ou tout au moins de clamer publiquement la décadence de ce dernier. Bien entendu, on comprend que le président angolais ait voulu surfer sur la soif de rupture des chancelleries occidentales. Mais il ne faut pas perdre de vue le fait qu’en Afrique, la gratitude est un élément de la sociologie politique.

Boubacar Sanso Barry

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