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CRASH EN ALGERIE : que s’est-il passé ?

Les Algériens en général et l’Armée nationale populaire (ANP) en particulier, sont en deuil. Le pays a en effet, perdu hier, 257 des siens, dans le crash d’un avion, dans les environs de la base aérienne de Boufarik, au sud d’Alger. Les victimes, essentiellement des militaires et des membres de leurs familles étaient en partance pour Tindouf ou Béchar, situées dans le sud-ouest du pays, à la frontière avec le Maroc. Pire accident d’avion de l’histoire du pays, le crash, depuis son annonce hier matin, plonge toute l’Algérie dans une grande tristesse. D’autant que les victimes, soldats de la Nation, étaient de farouches défenseurs de l’intégrité du territoire et garants de la souveraineté nationale. Cependant de la part des autorités algériennes et plus globalement de l’opinion publique, on sent une certaine méfiance à aborder les causes potentielles du drame. Comme si elles redoutaient une polémique pouvant faire voler en éclat la communion du moment et perturber l’hommage mérité des martyrs, les autorités se bornent à répéter qu’aucune hypothèse n’est encore privilégiée.

Les pistes à écarter

Pourtant, des hypothèses, il y en a bien quelques-unes. Cependant, il semble qu’il faille écarter la piste terroriste. En tout cas pas celle des islamistes qui écument la bande sahélo-sahélienne et qui rêvent de mettre Alger à genou. Les auteurs se seraient empressés de revendiquer l’acte. L’hypothèse du mauvais temps, lui aussi, aura du mal à prospérer. Certes, des confrères algériens rapportent de la grisaille et de fines gouttes de pluie au moment du décollage de l’Ilouchine IL 76 de la base aérienne de Boufarik. Mais rien qui aurait pu justifier le crash intervenu quelques minutes après ce décollage et à une centaine de mètres de là.

Quid de l’appareil ?

Au nombre des pistes qui restent alors à explorer, on a l’état de l’appareil lui-même. Ce qui prend en compte son âge et sa révision notamment. Une banale négligence n’aurait-elle pas empêché la détection d’une panne s’étant finalement révélée fatale ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, il semble que l’appareil transportait plus de passagers que le nombre prévu par le constructeur. Bien qu’imprécises, les informations disponibles indiquent en effet que la capacité de l’avion se situe entre 126 et 225 personnes. Or hier, le maximum était dépassé de 32 passagers. Est-ce la preuve d’un laisser-aller pouvant expliquer le reste ? A la commission d’enquête mise en place par les autorités algériennes de répondre.

Le Maroc, des soupçons inavoués

Mais à côté de cette piste tournant autour de l’appareil et de son entretien, il y a une autre qui transparaît des dépêches des agences de presse, mais que tout le monde se garde d’avancer explicitement. Tant elle est sous-tendue par des soupçons lourds de conséquences. Il s’agit de la piste marocaine. C’est notamment en référence avec cette hypothèse que toutes les informations en rapport avec le crash prennent le soin de rappeler que l’avion était en partance pour Tindouf et Bechar, avec comme ultime précision « à la frontière avec le Maroc » et à la lisière de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), une zone au cœur d’un contentieux diplomatique entre Alger et Rabat depuis 1976. Il est aussi précisé dans les dépêches d’agences qu’au nombre des victimes, il y avait 30 Sahraouis. De là penser que Rabat est derrière le crash, il y a un fossé que personne n’a encore osé franchir. Mais il est évident que l’idée trotte dans bien de têtes.

Une longue tradition

Toutefois, il convient de rappeler qu’indépendamment de toutes ces pistes que devra explorer la commission d’enquête, l’Algérie a une longue tradition de crashs d’avions. A propos, on se rappelle encore de celui du vol Ouagadougou-Alger, en 2014, avec 116 morts. Au cours de cette même année 2014, l’armée algérienne avait également été endeuillée par le crash d’un autre appareil de transport de troupes, sur le mont Fortas. 74 soldats avaient péri. Plus loin, en 2003, ce sont 102 victimes qu’on avait déplorées suite au transport d’un avion qui devait relier Tamanrasset et Alger. Une énumération de nature à inciter l’Algérie à repenser sa navigation aérienne. Il est en effet impératif qu’elle édicte de nouvelles règles et qu’elle veille rigoureusement à leur application. Il y va du de l’image du pays et de la sécurité des passagers.

Boubacar Sanso Barry  

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