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CPI : Gbagbo peut-il bénéficier de l’effet Bemba ?

Critiquée pour sa trop grande propension à n’écrouer que les faibles en général et les Africains en particulier, la Cour pénale internationale vient de rendre une décision partie pour conforter le camp des complotistes, qui voient en elle, un instrument que la communauté internationale manipule à sa guise. Parce qu’au lieu de susciter de l’enthousiasme, l’acquittement annoncé de Jean-Pierre Bemba par la Cour d’appel de la CPI passe pour un verdict politique. A l’exception des partisans de l’ancien vice-président de la RDC, l’opinion publique dans son ensemble trouve l’écart abyssal entre la condamnation du même Bemba, en mars 2016 à 18 ans d’emprisonnement en première instance, et son acquittement, le vendredi dernier en appel. Aussi, certains y voient un clin d’œil au contexte politique préélectoral que vit aujourd’hui la République démocratique du Congo (RDC). Pressée d’en finir avec Joseph Kabila, la communauté internationale, estime-t-on, a voulu ainsi trouver à ce dernier un adversaire à sa taille. Dans l’entourage de Laurent Gbagbo, l’autre gros poisson entre les griffes de la CPI, on pense que la brèche est une aubaine.

Dans la décision de la Cour d’appel de la CPI, le plus ahurissant, c’est l’argument brandi pour justifier l’acquittement de Jean-Pierre Bemba. En effet, ce serait parce que ce dernier n’était pas en République centrafricaine au moment où ses hommes du MLC s’y livraient aux exactions les plus abjectes (pillages, tortures et viols) et dont plus de 5000 personnes ont été victimes. Vu qu’il n’y était pas, sa responsabilité personnelle ne serait engagée, disent en substance les juges qui se sont prononcés pour son acquittement. Il y a qu’il est par contre démontré que c’est le même Jean-Pierre Bemba, répondant à l’appel à l’aide d’Ange Felix Patassé, qui avait envoyé les éléments de son mouvement en renfort en RCA. Or, il avait déjà suffisamment conscience de la sulfureuse réputation de certains de ces éléments, sinon de tous. Par ailleurs, au moment de la commission des crimes pour lesquels il avait été condamné en première instance, la presse via les ONG de défense des droits humains, s’en était fait l’écho. Du coup, d’une façon ou d’une autre, il en était informé et pouvait logiquement faire le lien entre le séjour des siens et les horreurs qui s’y commettaient. Mais rien de tout cela n’aura été pertinent pour les juges de la Cour d’appel. A leurs yeux, le bureau du procureur s’est un peu trop facilement focalisé sur Jean-Pierre Bemba, qu’il a triomphalement présenté comme un trophée de chasse. Il est vrai qu’en raison de son double statut de fortuné et de leader politique de premier rang, l’ancien vice-président de la RDC faisait office de ‘’grosse prise’’.

Justement, de grosse prise, Laurent Gbagbo, lui aussi, en est une. Certes, à la différence de Jean-Pierre Bemba, l’ancien président ivoirien était en Côte d’Ivoire durant la crise postélectorale de 2010-2011. Cependant, lui et ses partisans peuvent aussi invoquer bien d’arguments pour espérer le même type de clémence de la part de la CPI. Tout d’abord, l’ancien président n’a de cesse de contester sa responsabilité personnelle dans les crimes qu’on lui impute. Il est vrai que personne ne l’a vu lancer une grenade ou tirer une balle contre qui que ce soit. Du coup, on ne peut que se fier aux propos de témoins dont la fiabilité est d’autant plus contestable qu’ils sont quasiment tous passés aujourd’hui dans le camp d’Alassane Ouattara. L’implication de la communauté internationale en général et de la France en particulier dans l’arrestation de Laurent Gbagbo enlève également à l’ensemble de la procédure le visant, toute crédibilité. Mais au-delà de tous ces griefs, il y a que la confusion malsaine que l’actuel président ivoirien, Alassane Ouattara, entretient autour du troisième mandat, menace de nouveau la quiétude en Côte d’Ivoire et dans l’ensemble de la sous-région. ADO, à l’image de Joseph Kabila, est donc en passe de devenir un ‘’problème’’ entre les mains de la communauté internationale. Il est par conséquent possible qu’aux mêmes problèmes, il soit envisagé les mêmes remèdes. Ce qui revient à ramener des opposants susceptibles de troubler le sommeil de dirigeants entêtés et troublions.

Mais à l’arrivée, l’indépendance de la justice internationale n’en sortira guère renforcée. Quoi que certains n’en seront point étonnés !

Boubacar Sanso Barry

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