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CONAKRY : la vie des petits cireurs

A Conakry, nombreux sont des jeunes de 10 à  18 ans qui pratiquent le  métier  de cireur de chaussures. Sous la pluie ou le soleil,  ils sont assis au niveau des rondpoints ou sillonnent les quartiers à la recherche de clients. Pour toucher du doigt leurs vies, notre rédaction est allée à la rencontre de certains d’entre eux. Il en résulte des témoignages fort instructifs quant à la précarité dans laquelle ils exercent ce métier. 

Il est  13h 20 minutes à Coléah Lansebougni, un quartier prisé de la commune de Matam.  Sur la ruelle qui mène à la maison de la presse, se trouve un groupe de petits cireurs  de chaussures. Parmi eux,  Mamadou Cellou diallo, 19 ans, célibataires sans enfant. Depuis 7h, il est assis sur un tabouret. Comme tous ses collègues,  son travail consiste à laver, cirer ou recoudre des chaussures. Et, à chaque fois qu’un passant se pointe, il accourt à l’idée que la personne pourrait être intéressée par son service.

 Originaire de Gaoual, Cellou a abandonné les études alors qu’il était admis pour la  4eme année  à  l’école primaire de Gaoual. «Je n’ai pas pu continuer mes études au village,  car mes parents n’ont pas de moyens pour mes frais de scolarité », explique-t-il.

 Venu à Conakry en 2012, il s’est  aventuré dans le métier de cireur de chaussures.  Compte tenu de ses revenus, il s’arrange à manger la valeur de 5000 GNF par jour. Le plus souvent, il mange du riz le matin. Le soir, il se contente des galettes ou de la bouillie.  « Ici, je gagne l’argent en fonction de la clientèle.  Je gagne 20000, 18000, 25000 jusqu’à 30000 GNF par jour », raconte-t-il.

Cellou Diallo n’a pas de parents à Conakry.  « Je  n’ai pas de moyens pour payer un loyer, donc je passe la nuit dans la rue, devant les boutiques, dans les gargotes  vides, etc.…  », précise-t-il.

Etant à Conakry, la situation de ses parents au village l’inquiète constamment. « Avec le peu que je gagne ici,  j’ai réussi à faire des économies  en créant un compte chez un opérateur téléphonique. C’est de cette manière que je parviens  à venir en aide à mes parents. Je leur envoie 100.000 à 200.000 GNF de temps en temps », raconte-t-il. Il s’est fixé un objectif : être un grand commerçant.

A coté de lui, Mamadou Aliou  Diallo,  âgé de 16 ans,  originaire de Dalaba. Il est, lui, venu à Conakry dans l’ambition d’étudier. Mais à cause du manque de soutien de son tuteur,  il s’est vu dans l’obligation de se prendre en charge. Du coup, a rejoint les rangs des  cireurs de chaussures depuis 2014.

Dans cet exercice, il a une recette journalière de 30.000 GNF. Quelque chose le dérange. « Il y a trop de crédit ces temps-ci. Alors que je dois me nourrir et payer le loyer à hauteur de 150.000 GNF par mois », se plaint-il.

En 2015, à parti de ses gains quotidiens,  il a réussi à créer un ‘’télé-centre’’ qui contient plusieurs articles et lui rapporte aujourd’hui  jusqu’à 600.000 GNF par jour. Mais cela  ne l’empêche pas de pratiquer son métier de cireur.  « A l’avenir,  je compte ouvrir un grand magasin, me marier et prendre ma famille du village en charge », dit-il.

Nous sommes à Coléah abattoir, exactement vers la corniche. Sous un soleil de plomb,  Alpha Mamadou Sow -cireur de chaussures âgé de  seulement  12 ans-  rejoint la ‘’base des cireurs’’ après quelques tours dans le quartier,  à la recherche de clients.  Exténué, il s’assoit sur  la caisse en bois qu’il porte habituellement en bandoulière et qui contient ses outils de cirage. En 2 heures, il n’a pas eu un seul client, et il en est déçu.

Arrivé de Pita il y a deux ans,  cet  adolescent qui n’a jamais été scolarisé  est sans abris. Généralement, il passe la nuit à la  devanture  des magasins.  Il a une politique personnelle : consommer peu pour économiser beaucoup d’argent. Pour ce faire, il confie  tout son argent aux boutiquiers qui,  malheureusement,  l’infantilisent et le trompent parfois. « Je veux réussir, donc je vais réussir », dit-il avec une certitude qui frise la naïveté.

 Comme eux, de plus en plus  de jeunes cireurs vivent dans des conditions terribles. Tous, ils ont un périple à faire et un objectif à atteindre : devenir commerçants, opérateurs économiques, etc. Certes, le chemin sera long, mais des conditions extrêmes, ont jailli des grands hommes. C’est là la philosophie à tous.

Balla Yombouno

 

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