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CHINAFRIQUE: au-delà de l’idylle…

La grande mobilisation qui caractérise le sommet Chine-Afrique qui s’ouvre ce lundi à Pékin est un indicateur de l’importance que le géant asiatique a prise dans la diplomatie économique du continent africain. Septième du genre depuis 2000, le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC)  sera rehaussé par la présence effective des représentants de 52 des 53 Etats africains. Beaucoup de dirigeants du continent ayant même fait le choix souverain d’y aller eux-mêmes. Il faut dire que l’Afrique a trouvé en la Chine une sorte d’alternative aux caprices et à certains principes qui caractérisent l’approche partenariale de l’Occident. Plus encline à délier le cordon de sa bourse et très peu regardante sur les questions de droits humains et de démocratie,  source d’agacement pour quelques responsables africains, la Chine s’est offerte une place de choix dans le cœur des Africains. Cependant, il n’y a pas que cette vision idyllique que l’on présente souvent. Avec le partenaire chinois, le transfert de la technologie n’est pas toujours évidente. Par ailleurs, des voix commencent à s’élever pour mettre en garde contre l’hypothèque sinon la mise sous telle des économies africaines par le biais de la dette chinoise.

Avec plus de 10.000 entreprises chinoises implantées en Afrique et des échanges commerciaux qui devraient culminer à 400 milliards dollars d’ici à 2020, personne ne saurait nier le poids de la Chine dans l’économie du continent africain. Ayant tout d’abord ciblé l’Afrique pour sa très grande dotation en ressources naturelles en vue du ravitaillement de leurs industries, les Chinois en ont progressivement fait un lieu propice aux investissements les plus divers. D’autant qu’entre temps, les dirigeants africains avaient eux-mêmes découvert que la Chine a des conditions d’octroi de financements plus souples que celles des partenaires bi et multilatéraux occidentaux. Les intérêts convergents ainsi, la Chine est désormais présente dans de nombreux projets stratégiques en Afrique. C’est le cas en particulier dans le secteur des infrastructures (transports, énergie, immobilier, aménagement urbain, etc.). D’ailleurs, beaucoup de dirigeants du continent prennent part au rendez-vous avec l’espoir d’en revenir avec des accords de financements de projets ou des engagements de mise à disposition de fonds promis. Globalement, les spécialistes s’accordent à reconnaître que les immenses investissements chinois en Afrique, contribuent à la création d’emplois et sont de nature à favoriser le développement.

Bien entendu, les partenaires classiques du continent africain sont enclins à critiquer cette montée en puissance de la Chine en Afrique. Ainsi, à chaque fois qu’il est question d’une rencontre sino-africaine comme celle qui s’ouvre ce lundi à Pékin, on nous sort çà et là un catalogue des risques pouvant résulter de ce mariage. Il est vrai qu’il y a dans cette critique aussi opportuniste que systématique, le reflet d’une certaine jalousie. Cependant, on peut renvoyer à certains Africains qu’ils doivent, à leur tour, sortir de la logique qui conçoit le partenaire chinois exclusivement comme l’alternative à l’Occident. Cette conception est trop émotive et est de ce fait porteuse de faiblesse pour l’Afrique. Certes, il s’agit d’un mariage. Mais celui-ci doit être de raison. Quand on aura réussi cette évolution à la fois psychologique et mentale, on réalisera par exemple que dans le cadre des projets africains pilotés par l’expertise chinoise, le transfert de technologie n’est pas toujours garantie. Ou en tout cas, son niveau n’est pas toujours satisfaisant. De même, avec la Chine, l’Afrique doit apprendre à mieux négocier en veillant en particulier sur les droits des employés africains et sur la nécessité de la préservation de l’environnement. Quant au risque de surendettement, les Africains doivent le prendre en sérieux et surtout sans arrière-pensée. Car il ne sert à rien de se libérer de la dépendance vis-à-vis des Occidentaux pour s’offrir à celle des Chinois. Une perspective que les dirigeants ne sauraient éviter qu’ayant une vue d’ensemble de la coopération avec la Chine et en faisant preuve de lucidité. Bref, cesser d’être les gros enfants qu’ils ont souvent été devant les partenaires du continent.

Boubacar Sanso Barry   

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