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CENTRAFRIQUE: le défi demeure

Se distinguant de nombreux autres dispositifs d’intervention de l’ONU dans les conflits en Afrique, la Mission des Nations unies en Centrafrique, sans nécessairement éradiquer l’insécurité qui a pris racine dans ce pays, parvient tout de même à quelques résultats fort élogieux. En témoigne son dernier fait d’arme contre le groupe armé 3R à Bocaranga, à 500 km dans le nord-ouest de la capitale Bangui. Au terme de l’ultimatum qu’elle avait lancé à ce groupe le 30 septembre 2017, la mission onusienne y a mené le samedi dernier une opération qui a contraint les rebelles à se retirer du centre-ville pour la périphérie. Dans la mesure où d’autres provinces centrafricaines subissent la loi des nombreux groupes armés qui écument le pays, cette victoire reste certes à relativiser. Cependant, dans un contexte général où les missions onusiennes restent fortement critiquées pour leur inefficacité par rapport aux ressources qu’elles nécessitent, cette singularité de la Minusca mérite d’être saluée.

ratissage

De fait, l’opération à Bocaranga n’est pas encore terminée, à en croire les responsables de la Minusca. Les soldats de l’ONU, après avoir forcé les membres du 3R à se retirer du centre-ville, entendent ratisser les environs pour s’assurer du départ effectif du groupe rebelle. De même, la ville une fois pacifiée et de nouveau sécurisée, les casques bleus devraient piloter l’opération retour des quelques 23.000 personnes qui avaient fui les affrontements des 22 et 23 septembre derniers entre membres du groupe 3R et des anti-balaka. C’est en ce moment seulement que l’on devrait considérer que la mission est accomplie. Encore que pour la Minusca, ce sera une bataille de remportée et non encore la guerre.

la quiétude, un défi

Parce qu’en tant que telle, la République centrafricaine est loin d’avoir retrouvé sa quiétude. Bien entendu, Bangui ne vit plus au rythme des affrontements interconfessionnels entre musulmans et chrétiens. Dans la capitale centrafricaine, on s’accorde même à conclure que la sécurité revient peu à peu. Mais dans l’arrière-pays, de nombreuses localités demeurent à la merci des groupes armés qui profitent de l’absence de l’Etat. Des groupes qui, tantôt profitent de ce non-Etat pour exploiter les richesses et rançonner les populations, tantôt espèrent reconquérir un pouvoir perdu. Par ailleurs, selon Human Right Watch, des milliers de femmes et de jeunes filles centrafricaines auraient subi des violences sexuelles de la part des différents groupes armés. De fait, comme dans la plupart des conflits qu’a connus le continent africain ces dernières années, le viol et les violences sexuelles en général seraient utilisés comme une arme de guerre en Centrafrique. Enfin, en raison de la forte de tribalisation qui sous-tend la crise, l’envoyé de l’ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng, est en séjour dans le pays depuis le vendredi dernier, pour s’assurer que certaines limites ne sont encore franchies.

La victoire de la Minusca Bocaranga est donc hautement symbolique. Cependant, au regard de tous les défis sécuritaires et de stabilité qui se posent encore à la République centrafricaine, il s’agit d’une victoire somme toute relative. La mission onusienne est certes sur la bonne voie. Mais on est certainement loin du compte.

Boubacar Sanso Barry

 

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