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CENTRAFRIQUE : la paix à quel prix ?

Après avoir été paraphé la veille à Khartoum, l’accord de paix entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés qui sévissent dans le pays a été signé hier à Bangui. Un document dont tous les signataires disent qu’il est celui qui ramènera la paix et la quiétude que les sept précédents accords du même genre n’ont pas su restaurer dans ce pays depuis ces sept dernières années. Mais à cet espoir, quoique maigre et hypothétique, les Centrafricains, lassés par toutes les cruautés et la barbarie qu’on leur a fait subir ces années, s’accrochent comme le naufragé à sa bouée. Pourtant, ils ne sont pas à l’abri du désenchantement et de la désillusion. Car rien n’indique que les dispositions de l’accord que chacun des protagonistes se refuse à livrer sont de nature à favoriser la réalisation du rêve de tranquillité que caressent les pauvres populations. Tout au contraire, eu égard au mystère dont entoure le contenu de l’accord, nous sommes enclins à penser que certaines dispositions ne sont pas forcément avouables.

Bien entendu, on comprend ceux des Centrafricains qui jubilent sans même connaître ce sur quoi le gouvernement et les différents groupes armés se sont entendus. Quand on a vécu toutes les atrocités et enduré toute la misère que la crise centrafricaine a fait subir aux populations de ce pays, on ne peut que célébrer une initiative tendant à ramener le calme. Mais on comprend encore plus les sceptiques, ceux qui, faisant montre de prudence, attendent de voir pour croire. Ces derniers s’inspirant tout d’abord de toutes les précédentes ententes qui avaient en vain soulevé les mêmes espoirs. Parce qu’en effet, depuis 2012, dans le cadre de la recherche de la paix dans ce pays, pas moins de sept accords du même genre ont été conclus. Mais aucun n’a atteint les objectifs qui lui étaient assignés.

Or, pour ce dernier accord, il y a à la fois des appréhensions et des suspicions. On craint en particulier que l’entente ne soit le fruit du chantage auquel les groupes armés soumettraient l’Etat centrafricain. Un chantage sous forme de troc qui échangerait la paix contre l’impunité. Se soumettant à ce chantage, le gouvernement centrafricain consentirait à renoncer aux poursuites judiciaires contre les criminels de guerre s’étant rendus coupables des actes les plus odieux tels le viol, la séquestration et les massacres. En contrepartie, ces derniers s’engageraient à déposer les armes et à faciliter le retour à la normale. Si tel est le deal, les bénéfices qu’on en attend ne seront pas au rendez-vous. Parce qu’il s’agirait d’un complot sur le dos des pauvres victimes. Des victimes dont le point de vue ne semble pas avoir été sollicité dans le cadre des négociations qui se sont déroulées à Khartoum, dans la capitale soudanaise.

Outre ce premier niveau d’entente, un second niveau consisterait en un partage du gâteau qu’est la RCA. Comme se réveillant d’un songe, groupes armés et gouvernement s’entendraient pour se répartir les principaux leviers du pouvoir, de manière à ce que chacun puisse disposer de son robinet pour bénéficier de sa part de subsides. Naturellement, le développement holistique du pays et les préoccupations des populations passeraient au second plan. Aux Centrafricains, il ne resterait alors qu’une paix sans pain. Autant dire qu’ils seraient alors le dindon de la farce.

Certes, on aimerait tant que la République Centrafricaine retrouve la paix et la quiétude. Mais il ne faut pas se voiler la face. La concrétisation d’un tel espoir ne sera possible que par un processus de réconciliation nationale bâtie autour de la rigueur de vérité et de l’impartialité de la justice. Autrement, le document signé hier pourrait bien ressembler à l’accord inter-malien dont on voit bien qu’il ne produit aucun impact sur le terrain.

Boubacar Sanso BARRY  

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