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CENI : et si on consolidait les acquis ?

Alors que les partis politiques de l’opposition, voire même certains cadres du parti au pouvoir, prêchaient pour une CENI plus technique dans l’espoir d’éviter à la Guinée de revivre l’amère expérience des résultats électoraux à contestations, les Guinéens sont relativement déçus de constater que ces mêmes acteurs, dans l’essentiel de leur composante, maintiennent le schéma politique de l’Organe de gestion des élections (OGE) en Guinée. Au-delà de l’opinion publique dans son ensemble, la démarche irrite surtout certains petits partis qui voient en la nouvelle loi de la CENI, un arrangement dont ne peut se féliciter que le trio UFDG-RPG-UFR. Cette situation m’inspire la question que voici : De nouveaux membres à la CENI, à la place des actuels commissaires, garantiraient-ils des élections plus professionnelles, plus transparentes et ayant des chances d’être acceptées de tous les acteurs en compétition ?

Je préfère de le dire tout de suite, ma réponse est NON ! Et pour m’expliquer, je fais appel à l’expérience toute récente. Les membres de l’institution électorale aujourd’hui décriés avaient été choisis il y a peu par les mêmes acteurs politiques. A leur avènement, Saliou Kébé et les autres commissaires avaient même incarné l’espoir aux yeux de l’ensemble des acteurs politiques. A l’époque, c’est plutôt Bakary Fofana qui symbolisait le diable à combattre.

Cette démarche peu cohérente m’amène donc à me pencher sur l’évolution entre les acteurs politiques et les commissaires de la CENI sur une plus longue durée. Il en ressort que quelque fois, la brouille entre les membres de l’institution et leurs formations politiques d’origine résulte de la tendance de quelques commissaires à faire valoir une certaine indépendance, à vouloir servir la république et non une cause partisane. Paradoxe quand tu nous tiens.  Pas besoin de donner des noms, mais tout le monde a conscience de la colère que continuent de ruminer encore certains responsables politiques du fait de la « trahison » qu’ils estiment avoir essuyée de la part de commissaires qu’ils ont pourtant délégués à la CENI. Quelques-uns, on s’en rappelle également, avaient expressément demandé le départ de « leurs » commissaires, mais en vain. Il en découle également que l’inféodation supposée ou le peu de professionnalisme de l’institution ne sont pas nécessairement les seuls en cause. Il est aussi question d’intérêts tout aussi fluctuants qu’incohérents.

D’ailleurs, aux partisans d’une nouvelle recomposition de la CENI (y compris par des personnalités issues de la société civile), je réponds que ce serait perdre du temps et de l’argent, sans aucune certitude que la nouvelle mouture sera meilleure à l’actuelle. Tout au contraire, l’équipe actuelle, quoi qu’on veuille en dire,  a accumulé de l’expérience et a acquis une certaine expertise en matière de gestion d’un processus électoral. Certains membres de cette équipe sont même certifiés à l’internationale et partagent cette expérience non sans fierté hors de nos frontières. Aussi, prendre le risque de les remplacer par des novices comme ce fut le cas avec l’équipe de Lounceny Camara à l’époque, consisterait juste à déplacer le problème, et non le résoudre. D’ailleurs, peut-on trouver une équipe qui fasse consensus en Guinée ?

Du coup, dans un climat politique marqué par d’interminables suspicions, une méfiance incrustée dans les gênes du personnel politique et une notoire prédisposition à la fraude, le schéma raisonnable, fiable et viable, pour ne pas dire idéal,  à ce stade de notre processus électoral, serait de maintenir l’actuelle équipe à la CENI. J’ai bien conscience des risques que je prends en affichant cette position. Mais c’est là mon point de vue.

Encore qu’on ne se contenterait pas que de les maintenir. On devrait en plus œuvrer de manière à les couper complètement de leurs bords politiques respectifs. Du moins pour ceux qui conservent encore des attaches avec leur base.  On codifierait et valoriserait leur statut d’experts techniques en matière électoral. On s’efforcerait de mettre en place des mécanismes juridiques, institutionnels et économiques qui leur garantissent l’indépendance espérée.

Ainsi, ne devant plus rendre compte qu’au peuple et fidèles à leurs serments de gérer le processus électoral en toute sincérité et indépendance, ces hommes et femmes déjà forts des expériences de l’organisation des élections présidentielles, législatives et maintenant communales, obtiendraient de meilleurs résultats que d’obscurs aspirants, tapis dans l’ombre et dont la seule motivation, est de prendre part à la mangeoire.

Mamadou Oury Diallo

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