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CASAMANCE : qui veut relancer les hostilités ?

C’est avec une surprise certaine que les observateurs aussi bien locaux qu’étrangers ont accueilli l’incident de samedi dernier en Casamance. Faisant 13 victimes civiles, 9 blessés et un rescapé, il intervient dans un contexte d’accalmie relative entre Dakar et Ziguinchor. Aussi, à ce stade, personne ne peut donner une explication plausible à la fusillade qui a pris pour cible des citoyens partis chercher du bois mort. Cependant, quelques hypothèses émergent çà et là. Des tentatives d’explication ayant toutes pour creuset les 35 ans de conflit dont la région a été le théâtre entre les autorités sénégalaises et la rébellion du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC).

Règlement de compte…

La première explication qui émerge est celle qui s’évertue à réduire la mort des 13 personnes de samedi dernier à un banal règlement de compte entre des villageois défenseurs de la forêt de Bayottes et ceux qu’ils ont pris pour des braconniers. Cette explication s’appuie sur le fait que l’exploitation du bois serait désormais au coeur d’une grosse tension dans toute la région casamançaise. Redoutant les risques de la déforestation, certains se seraient érigés en protecteurs de la nature. Et de fil en aiguille, on en serait arrivé au drame de samedi dernier. Cette explication, à supposer qu’elle soit conforme à la réalité, elle serait toutefois insuffisante. Au-delà de la tension autour de la coupe abusive du bois, il y a contexte d’ensemble qui autorise des citoyens à se rendre justice et à abattre de sang-froid des semblables à eux. Ce contexte d’ensemble est constitué du vide sécuritaire et l’impression de l’absence de l’Etat dans cette partie du Sénégal. Deux facteurs consécutifs à la longue crise que la région a traversée et dont elle essaie péniblement de se remettre.

Survivances du conflit

Aux yeux d’une autre catégorie d’analystes, l’incident tragique du week-end sonne comme la manifestation d’un conflit qui n’est pas tout à fait éteint. En effet, il ne faut point se leurrer. La crise casamançaise n’est pas résolue. Aucun accord n’a encore été paraphé par les parties au conflit. L’espèce d’accalmie dont on se félicite depuis l’arrivée, en 2012, de Macky Sall, résulte davantage de la lassitude qui a fini par gagner la rébellion, divisée en plusieurs factions rivales. C’est cette incapacité de l’aile militaire du MFDC à supporter le conflit et l’incertitude quant à la victoire ultime qui ont contraint les rebelles à baisser les armes. Si cette situation à l’avantage de faire taire les armes, elle a cependant un défaut de taille : les hostilités peuvent reprendre à tout moment. Parce qu’aucun protagoniste n’est lié par un quelconque engagement quant au cessez-le-feu. Il n’est donc pas exclu qu’une des multiples factions du MFDC soit à la base de la fusillade de samedi. A propos, vu la localisation de l’incident -plutôt au sud, près de la frontière avec la Guinée Bissau- les soupçons pèseraient davantage sur le clan de César Atoute Badiate. Son rival, Salif Sadio, dont le fief se situe plus au nord, a en outre perdu le soutien que lui fournissait le dictateur, Yahya Jammeh.

Trafiquants et contrebandiers ?

Enfin, une dernière éventualité serait que les malheureuses victimes de samedi se soient retrouvées sur le chemin des nombreux trafiquants et contrebandiers qui écument la région. En effet, l’Etat ayant été trop longtemps absent de la vie des Casamançais, quelques-uns en ont profité pour se bâtir des réseaux autour notamment du bois de vène et de rônier, des noix de cajou, du chanvre indien et même de la cocaïne transitant en particulier par les frontières poreuses de la Guinée Bissau. Et si c’était un de ces réseaux que les malheureux ramasseurs de bois ont croisé ? Rien n’est moins sûr.

Boubacar Sanso Barry  

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