ledjely.com

CAMEROUN : les sécessionnistes épousent-ils la logique du maquis ?

L’accalmie de ces dernières semaines ne doit pas faire illusion. Au Cameroun, les revendications identitaires des régions anglophones menacent toujours l’unité du pays. L’autisme et la logique répressive du gouvernement central braquant davantage les leaders indépendantistes, le bras de fer demeure. Toutefois, les indépendantistes semblent vouloir changer de méthode. Conscients qu’ils ne peuvent supporter la répression que leur impose Paul Biya, ils semblent plutôt s’inscrire désormais dans la dynamique du maquis. Cette approche relevant davantage du registre de la rébellion armée exposerait à moins de risques. Privilégiant les attaques tout aussi sporadiques et ciblées, elle mise surtout sur l’effet de surprise pour agir. Soumettant l’ennemi à une logique intense de harcèlement, elle compte l’avoir à l’usure. Le revers cependant, c’est que l’approche par le maquis s’inscrit dans la durée, que le triomphe  de la cause défendue n’est pas toujours garantie et que de part et d’autre, des vies vont être perdues.  

Mécanique de maquis

On ne s’en réjouit guère. Mais le Cameroun peut se préparer à une bataille de longue haleine. Las de subir, les indépendantes des régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest décident de rendre les coups. On passe ainsi d’une revendication sécessionniste, à visage découvert, à la logique du maquis. Ainsi, ce ne sont plus les marches de protestation dans les rues de Bamenda et d’autres villes anglophones. Avec les trois gendarmes tués les trois derniers jours, la crise a certainement franchi un nouveau palier. Elle passe à une phase armée. Perçus comme l’instrument de répression entre les mains du pouvoir Camerounais, les agents des forces de défense et de sécurité déployés dans les deux régions frondeuses sont des cibles privilégiées pour la rébellion en gestation. Mais Paul Biya et son entourage n’étant pas du genre à subir, sans réagir, on risque d’assister à un conflit ouvert et généralisé entre le pouvoir central et les mouvements indépendantistes. Et c’est encore et toujours les pauvres populations qui ne comprennent pas nécessairement grand-chose à la bataille qui seront les premières victimes.

Paul Biya doit appuyer sur l’extincteur

Au-delà, le Cameroun, dans son ensemble, en sera affecté. Essoufflé par les incursions répétées de terroristes dans la région septentrionale et en proie à un malaise latent, lui-même consécutif à la gestion chaotique du pays par l’octogénaire Biya, le pays risque de s’affaisser littéralement avec le début d’hostilités armées dans les régions anglophones. Il est donc plus qu’urgent de circonscrire la menace et d’éteindre le feu qui couve. Et c’est au pouvoir camerounais qu’il revient d’appuyer sur l’extincteur. Pour cela, il lui faut tout d’abord renoncer à la logique de fermeté qui est aujourd’hui la sienne. Certes, avaliser aussi facilement toutes les revendications des indépendantistes, reviendrait à pousser d’autres composantes régionales ou ethniques à prendre également les armes. Cependant, on ne peut pas non plus s’enfermer dans une logique absolue de négationnisme et s’attendre à ce que les expéditions punitives mettent fin à une crise née de l’injustice sociale. A l’instar du Maroc avec les revendications dans la région du Rif, le pouvoir camerounais doit objectivement évaluer les revendications des régions anglophones. Evaluation à la suite de laquelle, sans faux fuyants, il faudra s’attaquer aux causes profondes de la crise. C’est de cette façon qu’on viendra à bout d’une lancinante guerre partie pour ressembler à ce que la Casamance a connu pendant un quart de siècle. Encore que là-bas, le feu n’est toujours pas tout à fait éteint. La population, elle, aussi misérable qu’au début des hostilités. De quoi réfléchir plus d’une fois…

 Boubacar Sanso Barry

 

Facebook Comments
Print Friendly, PDF & Email

sanso@ledjely.com, admin@ledjely.com
Tel : 628 10 87 62

Laisser un commentaire