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BENIN: tempête en vue chez Patrice Talon

Au Bénin, la météo sociale s’annonce orageuse et généralisée. Au cœur de la discorde qui profile à l’horizon une loi introduite par le gouvernement de Patrice Talon pour supprimer le droit de grève pour nombre de corporations relevant de la fonction publique. Avalisant le projet de loi, les parlementaires béninois disent ainsi vouloir lutter contre la tendance excessive au débrayage de la part des agents de la fonction publique béninoise. En face, les syndicalistes crient à la négation d’un droit universel du travail. Et le dialogue de sourds qui s’installe risque de paralyser le pays. D’autant que chaque camp reste persuadé d’avoir la raison de son côté.

La manière en cause

Décidément, le déficit de dialogue et la tendance à faire valoir le forcing sont des caractéristiques de la gestion du pouvoir par Patrice Talon. On se souvient encore du bras de fer qu’il avait perdu face aux députés au sujet de la réforme constitutionnelle. En dépit de la ferme opposition des parlementaires, il avait décidé de foncer tête baissée. Comme à l’époque, l’idée qui sous-tend la suppression du droit de grève, au cœur de la controverse actuelle, n’est pas saugrenue en tant que telle. En tout cas, si l’on s’en tient aux arguments des députés qui ont avalisé le projet de loi du gouvernement, en fin de compte, il est question d’une plus grande prise en compte des préoccupations et des intérêts des populations béninoises. Les fonctionnaires béninois abusant sans doute du droit de grève qui leur est reconnu, en useraient à l’excès.  De leur part, tout serait prétexte au débrayage et à la cessation du travail. Il est vrai qu’ainsi, c’est l’efficacité même du service public qui est affectée. Et il est raisonnable et légitime d’engager un débat à propos.

Approche contreproductive

Cependant, la pertinence du débat ne donne pas le droit aux autorités de vouloir unilatéralement supprimer le droit de grève. Rien ne justifie un tel agissement. De commun accord, on aurait pu trouver des arrangements. Une trêve sociale est possible. Bref, il suffisait de s’y prendre autrement. Tout d’abord parce que l’approche radicale consistant à nier le droit de grève aux fonctionnaires renvoie de Patrice Talon une certaine prédisposition à la dictature. Ensuite, le choix de cette approche empreinte de défiance, expose le pays à une crise sociale. En effet, les corporations dont le droit est ainsi menacé ne se laisseront pas faire. Déjà, cela a commencé hier avec le syndicat des magistrats qui a engagé une grève devant durer 5 jours. Devraient suivre les médecins. Au total, sept centrales syndicales entendent se mobiliser pour mettre la pression aussi bien sur le Conseil constitutionnel appelé à apprécier la conformité de la loi, que sur le président de la République, qui doit ultimement promulguer les nouvelles dispositions. Le soulèvement général qui s’annonce pourrait donc paralyser le pays et impacter négativement son économie. Et face à la fronde en gestation, il n’est pas exclu qu’une nouvelle fois, le président béninois fasse marche-arrière. Ce qui, au finish, risque d’éroder aussi bien son autorité que sa légitimité. Autant dire qu’il aurait été mieux avisé de ne pas s’aventurer sur la voie l’arrogance.

Boubacar Sanso Barry

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