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ALGERIE/SOUDAN : adieu les dinosaures !

Bien entendu, la prudence est encore de mise. Parce qu’en lieu et place de Bouteflika en Algérie et el-Béchir au Soudan, ce sont encore les systèmes qu’ils ont l’un et l’autre instaurés qui tiennent la manette. Il faut par ailleurs avoir le triomphe modeste dans la mesure où dans le marigot africain, il subsiste encore çà et là quelques crocodiles solidement implantés. Nous pensons en l’occurrence à Denis Sassou Nguesso, Paul Biya, Idriss Deby, Obiang Nguema, etc. Surtout qu’à ces indéboulonnables viennent s’ajouter ceux qui, comme Alpha Condé, menacent de tripatouiller leurs constitutions pour s’offrir le pouvoir à vie. Pour autant, il convient de voir dans les derniers événements en Algérie et au Soudan le signe d’un progrès notable en Afrique, le signe qu’après l’épisode sombre des coups d’Etat militaires, les peuples d’Afrique vont en guerre contre les dinosaures qui se rêvent en rois de leurs pays. Une dynamique évolutive dont la jeunesse, résolue à rompre avec un certain passé du continent, est le moteur.

Cette fois, c’est Abdelaziz Bouteflika et Omar el-Béchir. Mais avant, c’étaient Robert Mugabé, Yahya Jammeh et Blaise Compaoré. D’une certaine façon, à cette liste dont l’évocation est de nature à conférer de l’espoir au continent africain, on peut ajouter Mahammadou Issoufou du Niger ou encore Mohamed Ould Abdel Aziz de la Mauritanie qui ont respectivement annoncé qu’ils ne brigueraient pas un mandat supplémentaire au-delà des deux qui leur sont autorisés. Bien entendu, il ne s’agit pas de verser dans une quelconque autosatisfaction. Ce n’est pas non plus de la naïveté. Parce qu’on a tous conscience que la démission de Bouteflika ne résout pas tous les problèmes qui ont conduit les Algériens dans la rue. De même, le Soudan ne se transformera pas si subitement en un paradis du fait de la seule destitution d’Omar el-Béchir. Mais ne boudons pas le plaisir de l’instant. Le réveil des peuples algérien et soudanais est un motif d’espoir. La témérité et le courage inouïs dont ils ont respectivement fait preuve inspireront d’autres.

Et c’est la principale leçon à tirer des événements dans ces deux pays, à savoir que la victoire qu’on célèbre est fondamentalement celle du peuple. En Algérie notamment, le président avait le soutien de l’élite dirigeante. Quant à lui, Omar el-Béchir, quoique traqué par la justice internationale, avait réussi à lui échapper depuis des années. Avec en particulier le soutien de ses pairs africains. Mais surmontant leurs peurs et allant au-devant des risques évidents de répression, les Algériens et les Soudanais qui en avaient marre de ce qu’ils subissaient, ont su dire non. Le courage est d’autant plus à saluer qu’au Soudan, les précédentes contestations du genre avaient été réprimées dans le sang. Mais cette fois, la détermination était telle que les armées algérienne et soudanaise, jadis piliers des deux régimes, ont dû céder. Ce n’est donc pas une quelconque puissance étrangère qui a poussé Bouteflika et el-Béchir vers la sortie. Ce sont leurs peuples qui n’en pouvaient plus. Des peuples qui souhaitent une gouvernance plus démocratique et une gestion plus responsable des ressources. Aussi, d’autres devraient s’en inspirer. Pendant qu’il est encore temps !

Boubacar Sanso BARRY   

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