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ALGERIE : Bouteflika et l’insuffisante capitulation

Le renoncement ne suffit pas. A Abdoulaziz Bouteflika, les Algériens demandent plus qu’une capitulation de façade. Ils ne veulent ni plus, ni moins que tourner définitivement la page du président et de son régime. En dépit de son âge avancé et de la maladie qui l’affaiblit jour après jour, les Algériens ne témoignent aucune compassion à l’égard de Bouteflika. En témoignent les protestations que les étudiants ont réservées hier à son désir de demeurer en place jusqu’à la prochaine présidentielle. C’est qu’entre le pouvoir et le peuple algériens, la confiance est détruite depuis belle lurette. C’est en substance un des enseignements que l’on peut tirer des derniers événements dans ce pays maghrébin. L’autre étant le formidable espoir que les Algériens auront insufflé à l’ensemble de l’Afrique du fait de la détermination et de la discipline avec lesquelles ils se sont dressés devant un régime qui demeurait sourd à tout appel à la raison.

Pouvoir, arrogance, suffisance, chute !

Les manifestations impressionnantes auxquelles on a assisté ces dernières semaines en Algérie peuvent paraître sorties du néant. Elles étaient de ce fait imprévisibles. Le pouvoir algérien écrasait le pays et tous ses habitants à tel point que personne n’aurait pu imaginer la réaction à laquelle on a eu droit. D’opposition, il n’en existait plus. Aux élections, on ne s’intéressait guère, chacun estimant qu’il ne servait à rien d’aller voter, le jeu étant fait d’avance. Le pouvoir souverain, régnait avec arrogance, baignant dans un excès de suffisance. Mais une telle posture à ceci de dangereux que ça vous coupe de la réalité. Vous ne réalisez pas que la confiance qui doit lier tout pouvoir à son peuple, s’en est, elle aussi, allée. Bien installé dans le confort du pouvoir et la tête dans les étoiles, on ne voit pas la frustration qui grandit. Ivre de sa toute-puissance, on décapite tous les contre-pouvoirs. A l’abri du besoin, parce que jouissant des privilèges indus du pouvoir, on ne ressent pas la misère du bas-peuple. Mais comme vient de le démontrer le peuple algérien, le réveil des opprimés peut être cinglant et sans concession. Que ceux qui doivent s’en inspirent en profitent bien.

Détermination

Mais il n’y a pas que les barons du pouvoir qui doivent tirer les leçons des événements en Algérie. Ceux qui se battent ou voudraient se battre contre des régimes obtus et se croyant à l’abri de tout danger, peuvent aussi s’en inspirer. On peut notamment copier sans aucune gêne, ni complexe, la détermination dont on fait montre les Algériens. D’abord, le 22 février dernier, ce fut une manifestation que l’on croyait sans lendemain. Une protestation que l’armée algérienne briserait à coup d’intimidation au bout de quelques jours, se disait-on. Mais après une semaine, deux semaines, on a réalisé qu’on s’était trompé. Que pour une fois, ce peuple-là était résolu et qu’il ne reculerait qu’après avoir fait plier le camp d’en face. Et la détermination s’est révélée d’autant plus payante qu’elle était unanime. Il n’y a pas de la discordance, il n’y a pas de failles ethniques ou régionales. On n’avait que deux camps. Les Algériens d’un côté et le pouvoir qu’ils ont vomi de l’autre.

Discipline

A cette détermination, il convient d’ajouter la discipline que les manifestants ont observée à chaque fois qu’ils sont sortis. Pour preuve, en deux semaines de manifestations enregistrées aussi bien dans la capitale que dans le reste le pays, on n’a déploré aucune victime mortelle. On n’a pas non plus assisté au face-à-face entre forces de l’ordre et protestataires. A aucun moment, les manifestants n’ont essayé de provoquer les services de sécurité ou des éléments de l’armée. Pas de véhicules incendiés non plus. Parmi les manifestants, on avait même des ramasseurs des sachets en plastique qui s’accumulaient dans le sillage des cortèges. Ce n’est pas tous les jours qu’un pays maghrébin nous donne un tel exemple de pacifisme, mais cette fois l’Algérie passe pour une référence en matière de manifestement strictement citoyenne. Et beaucoup d’autres pays en Afrique et au-delà feraient bien de s’en inspirer.

Boubacar Sanso BARRY

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