ledjely.com

ALGERIE: Boutef capitule

Ça y est! Le spectre du risqué cinquième mandat est enfin conjuré en Algérie. Le peuple a triomphé de la dictature et de l’obscur entourage qui cherchait désespérément à enfoncer Bouteflika, et le pays avec. Une issue comme celle-là, on ne peut que s’en réjouir. Le cas burkinabè n’ayant pas suffisamment fait tâche d’huile sur le continent, l’Algérie nous offre là un bel espoir, dans l’optique de faire barrage à tous les autres qui continuent encore de rêver au pouvoir éternel. Bien entendu, le chef de l’Etat algérien ayant sous-entendu qu’il resterait en place jusqu’aux prochaines élections dont la date n’est pas fixée, il convient de rester prudent. Mais cette invite à la prudence vaut tout aussi pour les Algériens qui s’impatientent de voir Bouteflika sortir du palais. Pour une succession qui n’était pas envisagée il y a encore deux semaines, il ne sert à rien de se précipiter et courir le risque de gâcher cette formidable occasion de repartir du bond pied.

Empressement légitime

Bien sûr, l’on comprend aisément l’empressement du peuple algérien à tourner la page Boutéflika. 20 ans de pouvoir, ça finit forcément par lasser. Surtout si l’on ajoute à cette longévité aux affaires le fait qu’en réalité depuis pratiquement six ans, le maître à bord n’est plus nécessairement celui que le peuple élit. Mais un cercle restreint autour du président dont les contours sont aussi obscurs que sont sombre les desseins qui le guident. Un entourage qui, vis-à-vis du pays et de ses richesses surtout, agissait comme bon lui semble. Par le biais de la corruption, des détournements à outrance et des trafics en tous genres, les différents clans qui prenaient on otage le président plus qu’ils ne le servaient, s’assuraient de mettre mains basses sur la rente pétrolière qu’ils se partageaient à l’insu du reste des Algériens. Eh bien, toutes ces pratiques sordides aux antipodes de la bonne gouvernance et de la gestion vertueuse, les Algériens en ont marre. Et c’est pourquoi depuis deux semaines, ils sont de plus en plus nombreux à battre le pavé, dans toutes le villes du pays et à l’étranger. La coupe était pleine. Aussi, ils ne pouvaient pas entendre les mises en garde du pouvoir agitant le chiffon du chaos. Cette colère-là, est légitime. Et on la comprend.

Garder les pieds sur terre

Toutefois, même en pareilles circonstances, il convient de rester à la fois prudent et lucide. Certes, la perspective que Bouteflika puisse rester en place jusqu’aux prochaines élections dont on n’a aucune date, n’a rien de rassurant. En effet, qui sait ce qui peut se passer dans l’intervalle qui sépare de ces fameuses élections? La dose de scepticisme qui s’exprime chez quelques Algériens est donc légitime. Cependant, regardons la réalité en face. Qu’aurait-on pu espérer? Depuis une vingtaine d’années, le pays est tenu des mains de maître par un groupe qui n’a jamais intégré l’éventualité qu’il puisse laisser la place à quelqu’un d’autre. Conséquence, la logique de la succession au pouvoir d’Abdoulaziz Bouteflika était absente de la conscience collective algérienne avant le 22 février dernier. Ainsi, sur l’échiquier politique national, l’opposition n’existait plus que de nom. Aussi réconfortants que soient les événements qu’on célèbre aujourd’hui, il convient d’admettre qu’ils relèvent d’une issue qui était improbable il y a quelques semaines. Dans un contexte pareil, si on veut faire les choses comme il faut, on ne se contente pas de remplacer Paul par Pierre. C’est tout le système qu’il faudra revoir pour le repenser. L’idée étant notamment que le pays ne revive plus ce qu’il a vécu ces dernières années. Et cela suppose du temps. Et si Bouteflika veut gérer cette transition, qu’on lui laisse faire. Bien sûr, il faudra l’encadrer en lui adjoignant des hommes et des femmes qui peuvent le guider et en le dotant d’une feuille de route au contenu aussi clair que précis. Si c’est le sacrifice à payer pour que l’Algérie et les Algériens tournent enfin cette page, il serait bien préférable à un virage qu’on négocierait mal du fait d’un empressement dicté par l’émotion.

Boubacar Sanso BARRY

Facebook Comments
Print Friendly, PDF & Email
Avatar
sanso@ledjely.com, admin@ledjely.com Tel : 628 10 87 62

Laisser un commentaire