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AFRIQUE DU SUD : Zuma vers la sortie

Il est vrai qu’il a plus d’une fois bluffé ceux qui s’évertuaient à prédire son départ. Mais cette fois, la cause semble entendue. Sauf un improbable retournement de situation en effet, Jacob Zuma s’en ira. D’autant qu’il en est désormais à négocier les conditions de sa sortie. On imagine qu’il est en particulier question d’un certificat de non-poursuite et d’une prime de retraite conséquente. Vu les circonstances, sur le papier, on pourrait lui donner tout ce qu’il veut. Cependant, il devrait bien s’inspirer de ce qui se passe en Angola pour savoir que les choses ne sont jamais les mêmes, une fois qu’on n’est plus aux commandes. D’où l’importance de s’aménager une sortie honorable quand il est encore temps. Pour un dirigeant, c’est la seule assurance qui vaille.

Jusqu’ici évoquée avec discrétion et par ouï-dire, la perspective du départ anticipé de Jacob Zuma est désormais abordée le plus officiellement qui soit. Son successeur potentiel, Cyril Ramaphosa, a ainsi ouvertement mentionné hier la notion de « transition ». Le nouveau patron du Congrès national africain (ANC) admettait alors pour la première fois la réalité des discussions entre lui et le président de la République, autour des modalités du départ de ce dernier. Le vice-président de la nation arc-en-ciel, plutôt optimiste quant à l’issue heureuse des négociations, promet de faire une annonce dans les « prochains jours ».

Pour Jacob Zuma, les jours à passer aux Union Buildings sont donc comptés. Et franchement, il n’est pas de ceux dont le départ devrait faire couler des larmes. Tout au contraire, on devrait bénir le ciel. Parce que Jacob Zuma n’aura en rien été un président exemplaire. Loin s’en faut. Il est plutôt de la liste des présidents africains dont la conception du pouvoir est tout d’abord jouissive. Avant même d’arriver au pouvoir, il trainait une réputation. Ainsi, avant d’évincer lui-même Thabo Mbeki , il avait été accusé de viol. De même, sa relation sexuelle non protégée avec une femme séropositive avait été révélée au grand public. Enfin, il avait également été accusé d’avoir touché quelques 4,2 millions d’euros de commissions dans un contrat avec l’entreprise française d’armement, Thales.

Et une fois aux affaires, Zuma n’a rien fait pour changer cette image qu’on a de sa personne. Au contraire, il s’est autorisé jusqu’à six noces. Pour ce qui est de la gestion de la chose publique, on rappellera juste qu’il a déboursé près de 20 millions d’euros pour rénover sa résidence privée de Nkandla. Une résidence dont certains aménagements sont l’expression la plus achevée du goût que le président sud-africain a pour le luxe. En effet, la vaste demeure comporte une piscine, un centre d’accueil pour les visiteurs, un enclos à bétail, un poulailler et un amphithéâtre. Et son dernier péché aura été sa relation incestueuse avec la richissime famille d’origine indienne des Gupta. Une famille qui usait des rapports privilégiés avec le président pour faire une OPA sur les secteurs stratégiques de l’économie du pays. Et pour se faciliter les choses, ses membres ne se privaient guère de recommander des membres du gouvernement à nommer et à ordonner le bannissement de ceux qui leur étaient hostiles.

Bref, il est dans l’ordre normal des choses que Jacob Zuma s’en aille. Et Cyril Ramaphosa fait tout pour que cela arrive. Ayant été élu avec la promesse ferme d’en finir avec la corruption qui gangrène le pays et érode son économie, il sait qu’il devra couper la tête du serpent pour faire ses preuves. D’où la détermination qu’il met à bouter Zuma hors du palais…

Boubacar Sanso Barry     

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