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AFRIQUE DE L’EST : Macron en explorateur

Depuis en particulier le déclenchement du mouvement des Gilets jaunes, l’image d’Emmanuel Macron incarnant la rupture avec ses prédécesseurs est quelque peu écornée. Et même en Afrique, l’aide qu’il a récemment apportée à Idris Déby Itno laisse croire qu’il n’a pas nécessairement su couper avec certaines traditions diplomatiques plutôt ancrées. Cependant, le président français, dans les relations de son pays avec le continent africain, s’efforce, à la différence de ceux qui l’ont précédé, d’aller au-delà du fameux pré carré français. De ce point de vue, il est plus décomplexé, parait moins conservateur et ne fonctionne pas nécessairement au sentimentalisme. C’est ainsi qu’il s’était déjà rendu au Ghana et au Nigéria, habituellement concédé à l’empire anglo-saxon. Et là, depuis trois jours, c’est l’Afrique de l’est qu’il tente de draguer. Une démarche qui ne manque pas de culot, tant la corne de l’Afrique semble promise à l’empire chinois. Mais l’histoire retiendra que Macron a eu le mérite d’essayer.

En allant à la conquête des pays de l’Afrique de l’est, Macron a conscience du défi qu’il se lance. Mais il n’a peut-être pas le choix. Quand on sait que l’Ethiopie et le Kenya, à eux deux, font environ 150 millions d’habitants, on comprend la logique qui guide le président français. Mais ayant été précédé sur place par le géant chinois dont le chéquier est certainement mieux fourni, Emmanuel Macron a fait le choix d’y aller avec une approche différente. Ainsi, à Abiy Ahmed avant-hier, et Uhuru Kenyatta hier, il promet un partenariat « équilibré et respectueux » de leurs pays à chacun. Une critique à peine voilée de la dette colossale que la Chine a accordée aux pays de la Corne de l’Afrique et dont les Occidentaux pensent qu’elle constitue un cheval de Troie dont use l’empire du milieu. Ensuite, en se rendant le mardi dernier à Lalibela, à 680 km au nord d’Addis-Abeba, Emmanuel Macron espère toucher à la sensibilité des Ethiopiens. D’autant qu’il promet de contribuer à la restauration des églises rupestres datant du 13ème siècle qu’abrite cette ville. Des églises classées patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, mais dont les roches fragiles dans lesquelles elles sont taillées, se désagrègent sans cesse sous l’effet de la pluie. Quant Kenya, le président français devrait annoncer ce jeudi, à partir de la Gare centrale de Naïrobi, une série de contrats de quelques 3 milliards d’euros. Entre autres, on a un projet autoroutier de 1,6 milliards dont devrait bénéficier le groupe Vinci.

Bref, la France de Macron voudrait vraiment titiller la Chine pour se faire une place au soleil dans cette zone stratégique du continent africain. Mais ce ne sera guère facile. Car les investissements chinois y sont vraiment importants. Le siège de l’Union africaine, fruit de la coopération sino-africaine est d’ailleurs illustratif de l’importance que revêt désormais l’axe Afrique-Pékin. A cela, s’ajoute que les Chinois y ont financé la construction de bien d’autres infrastructures dites structurantes. C’est le cas de nombreux projets portuaires. On a également la ligne de chemin de fer reliant Djibouti à Addis-Abeba. Et c’est certainement ce pourquoi à la question de savoir s’il voyait une différence entre la Chine et la France, le président kenyan a habilement répondu qu’ « on ne compare pas des pommes et des oranges, même si elles sont toutes deux douces ». Bref, l’Afrique de l’est ne refuse pas la main tendue par Emmanuel Macron. Par les temps qui passent, un nouveau partenaire de la trempe de la France, c’est toujours utile. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut divorcer de son premier mariage. Surtout pas qu’avec les beaux discours et l’approche tout en finesse de Macron.

Boubacar Sanso BARRY

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