KENYA: que nous réservent les lendemains de vote ?

Ce 8 août, le Kenya a rendez-vous avec l’histoire. Parce que les élections générales qui conduiront les quelques 19, 6 millions d’électeurs à se choisir notamment un président de la République ne relèvent pas des scrutins ordinaires qui ont souvent lieu en Afrique. En raison du traumatisme encore vivant des violences postélectorales à caractère ethnique d’il y a dix ans et eu égard à la violence verbale qui a caractérisé la campagne électorale, la psychose est grande à Naïrobi et dans le reste du pays. Ainsi, les enjeux que sont la cherté de la vie, la corruption ou encore la très stratégique lutte contre le terrorisme, passent au second plan. Tout le monde, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, retient son souffle et pris intérieurement pour que le spectre de ce passé récent, particulièrement chargé, ne revienne pas hanter ce pays qui a tout pour être une puissance régionale sinon continentale. Cependant, le pire ne saurait être évité que si les instances en charge de l’organisation des élections et les acteurs de la classe politique, font preuve de responsabilité.

Presqu’un paradoxe

C’est presqu’un paradoxe. Le pays originaire de Barack Obama, le très charismatique premier président noir des Etats-Unis, focalisera toutes les attentions en ce mardi et les jours suivants, en raison des risques élevés de violences postélectorales. Des risques surtout liés à la tension que les principaux compétiteurs, à savoir le président sortant, Uhuru Kenyatta, et son challenger, Raila Odinga, ont contribué à créer à la faveur de la campagne électorale qui vient de s’y achever. Donnés au coude-à-coude par les sondages, l’un et l’autre envisagent tout sauf la défaite et préparent leurs partisans respectifs en conséquence. En particulier, l’opposant Raila Odinga, 72 ans et dont c’est certainement la quatrième et dernière tentative, jette tout dans cette ultime occasion. Cependant, il n’y aurait rien à redire de cette bataille très serrée entre le président sortant et le principal candidat de l’opposition, si à elle ne se grefferait pas le fait que l’engagement politique obéit à des considérations ethniques. Cette dure réalité que le monde a découverte dans un contexte tragique en 2007/2008 est ce qu’il y a de plus inquiétant.

Appréhensions justifiées

En effet, on redoute, comme ce fut le cas il y a 10 ans, que d’éventuelles contestations électorales ne se transforment en bataille rangée entre différentes composantes ethniques du pays. D’autant que le sombre précédent avait fait jusqu’à 1500 morts et 600.000 déplacés. Le Kenya n’a pas besoin de revivre cela. Même si l’assassinat il y a une semaine (et jusqu’ici non élucidé), de l’informaticien de la Commission électorale rappelle que les appréhensions ne sont nullement de la paranoïa. Toutefois, c’est tout d’abord à l’instance organisatrice du scrutin de faire en sorte que personne n’ait des raisons de douter des résultats. Ce qui suppose que toutes les conditions de transparence du vote et du dépouillement soient réunies. A propos, il est fortement souhaité que le système du vote électronique ne rencontre aucune défaillance. Par ailleurs, on sait que la lenteur observée dans la proclamation des résultats de l’élection du 27 décembre 2007, a été à la base de beaucoup de suspicions qui avaient conduit aux violences. L’institution électorale doit en tirer toutes les leçons. Sur les épaules des acteurs politiques, pèse également une grande responsabilité quant à l’atmosphère qui régnera dans le pays au lendemain de la proclamation des résultats. Que personne ne fasse dans la surenchère au risque de mettre le pays et ses habitants en danger. Si les conditions de régularité et de transparence de l’élection sont réunies, que tous les compétiteurs fassent en sorte de respecter le verdict des urnes et le choix du peuple. A défaut, que ceux qui ont des griefs recourent aux voies de contestation autorisées à cet effet. C’est à ce prix seulement qu’on fera de cette journée tant redoutée, une réussite démocratique aussi bien pour le Kenya que pour l’Afrique toute entière.

Boubabar Sanso Barry

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