RD CONGO: le désastre au pluriel

Joseph Kabila n’a décidément aucune gêne. Autrement, ce n’est pas à la RDC d’aujourd’hui qu’il s’attacherait désespérément, comme il le fait. En effet, par les temps qui passent, dans ce pays, les bonnes nouvelles sont une denrée rare. A commencer par les massacres dans le Kasaï dont les dernières découvertes macabres nous inclinent à penser qu’on est loin d’avoir tout appris de l’espèce de boucherie humaine qui y a été perpétrée. On a ensuite les affrontements entre l’armée congolaise et des miliciens Maï-Maï dans la zone frontalière avec l’Ouganda. Il y a aussi l’assassinat de notre confrère de la RTNC, Banga Karaba, à Bunia dans la province de l’Ituri. Par ailleurs, une épidémie de cholera sévit désormais dans la ville-martyr de Goma et ses environs. Et pour ne rien arranger à ce tableau si sombre, voilà que le président et son entourage constitué de profiteurs, ne veulent plus organiser les élections comme ils s’y étaient engagés au terme de l’accord de la Saint-Sylvestre. Une décision qui expose le pays à un avenir d’autant plus incertain que la pression internationale ne risque pas de baisser non plus.

Kabila, prophète de malheurs

Cette situation aussi désespérante n’a rien d’attractif pour que le président Kabila s’accroche tant à son fameux fauteuil. Encore que le chef de l’Etat congolais ne se préoccupe ni de l’ordre, ni de la paix, encore moins du bien de ses compatriotes. Contrairement à ce qu’il prétend, il n’est en rien une solution aux multiples drames que connait le pays. Au contraire, il est plus ou moins à la base de la détresse et du chagrin qui habitent actuellement les Congolais. En effet, pour ce qui est de l’insécurité, aussi bien celle qui règne encore dans le Kasaï que celle relative à ces nouveaux affrontements entre les forces armées loyales et la milice Maï-Maï, il est de plus en plus admis que lui et les siens tirent les ficelles, en vue de s’en servir comme prétexte pour ne pas tenir les élections. Pour ce qui est de l’épidémie de choléra, elle est plus largement symptomatique de la gestion chaotique que connait ce pays depuis son indépendance. Mais la résurgence de cette maladie rappelle surtout que Joseph Kabila n’a pas fondamentalement changé les choses. D’autant que le cholera est lié à la difficulté qu’ont les populations à s’approvisionner en eau potable. Pour un pays aussi riche que l’est la RDC, c’est plutôt déshonorant. En soi, c’est un indicateur du bilan qui dénie à Joseph Kabila le droit de s’entêter.

Devoir de résistance

Il s’en suit qu’avec autant de malheurs, tous imputables à des degrés divers au président actuel, le peuple congolais a le devoir de résister et de ne pas céder au fatalisme. Prises entre un pouvoir prompt à réprimer la moindre contestation et une opposition qui ne fait pas nécessairement rêver, les populations ont certes une marge de manœuvre étroite. Mais ce n’est pas une raison pour renoncer à l’espoir et à un nouveau départ. Aussi féroce que soit une dictature, une volontaire populaire ancrée finit toujours par en venir à bout. Les Burkinabè nous l’ont amplement démontré du reste. La capacité de résistance des Congolais est d’autant plus déterminante qu’elle peut conditionner, au-delà du Congo, le futur et l’avenir de bien d’autres pays du continent. Or, les choses sont plutôt faciles en termes de choix. Parce qu’au vu de son bilan et sur la base de son comportement de ces deux dernières années, rien ne justifie, encore une fois, un maintien de Joseph Kabila.

Boubacar Sanso Barry

 

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