VIOLENCES DANS LE KASAÏ: à l’origine, Joseph Kabila

Au moment où le monde entier, indigné, cherche à comprendre ce qui se passe dans le Kasaï, Joseph Kabila, le président congolais y effectue une tournée et s’autorise des bains de foule. Attitude festive et empreinte de joie qui contraste avec le sang qui a coulé et qui continue de couler dans cette région. Cette tournée, à défaut d’être une campagne avant la lettre, tendrait à donner du président congolais l’image d’un faiseur de paix et du dirigeant désireux de panser les plaies dont ses compatriotes dans le Kasaï sont victimes. Mais cette démarche est en soi paradoxale, dans la mesure où il ressort de l’enquête inédite menée par notre consœur, Sonia Roley, que les autorités congolaises ont contribué à déclencher les hostilités. Aussi, si Joseph Kabila a vraiment envie de se donner bonne conscience, il commencerait bien par laisser se mettre en place une commission d’enquête indépendante pour que l’on sache qui a joué quel rôle dans cette boucherie humaine dans le Kasaï.

Au commencement, une instrumentalisation

On le pressentait déjà. Joseph Kabila et son gouvernement ne sont pas étrangers aux massacres sauvages dont le Kasaï est le théâtre depuis des mois. Mais avec les révélations de RFI, les choses sont davantage précises. En effet, au moins trois responsabilités sont en rapport avec le pouvoir congolais. Tout d’abord, le fait pour Kinshasa de s’ingérer dans les affaires coutumières ne se justifie en rien. En principe, tout au moins. Cette autorité parallèle ayant toujours réussi à s’autogérer, ne fallait-il laisser les choses fonctionner ainsi ? C’était sans compter la volonté qu’avait Joseph Kabila, en quête d’un pouvoir à vie, de manipuler certains des chefs coutumiers pour en faire des valets corvéables à merci. Or, s’il y a bien une origine lointaine aux violences dans le Kasaï, elle est dans ce désir d’instrumentaliser la chefferie traditionnelle à des fins politiques. Evariste Boshab et Emmanuel Ramazani Shadari, ont particulièrement œuvré dans ce sens.

Pourquoi avoir tué le Kamuina Nsapu ?

Un autre péché du pouvoir congolais ? C’est l’assassinat, le 12 août 2016, de Jean-Prince Mpandi, le Kamuina Nsapu. Bien entendu, ce dernier était alors à la tête d’une milice aux allures d’une cruelle rébellion. Les expéditions punitives de ses adeptes, à peine sortis de l’adolescence, étaient particulièrement intolérables. Pour autant, son assassinat était-il nécessaire ? Certainement pas. Selon des documents authentiques, il était prêt à se rendre et un processus de dialogue aurait pu se mettre en place. La seule condition qu’il avait posée, c’était que ce soient les soldats de la Monusco qui viennent le chercher. Parce qu’il ne faisait nullement confiance au pouvoir congolais et à tout ce à quoi celui-ci ressemblait. En somme, une condition tout aussi compréhensible que facile à satisfaire. Mais les services de sécurité ne s’y sont point pliés. Ils ont préféré éliminé le Kamuina. Suite à quoi les violences, éclatant au grand jour, se sont généralisées.

Exécutions sommaires, charniers

Enfin, Kinshasa devra répondre de l’indigne comportement que son armée et ses services de sécurité ont eu dans la gestion de cette crise. Les exécutions sommaires, les charniers et les images de soldats congolais posant, tout sourire, au côté du corps de leur victime, voilà qui n’est pas digne d’une armée et de services de sécurité qui se veulent républicains. Aussi abjecte que soit l’attitude du camp en face, ce type de comportement est inamissible de la part de troupes régulières. C’est en cela que l’armée diffère d’une rébellion. En dépit de toutes les circonstances, la première devra toujours se rappeler qu’elle est régie par des principes et des valeurs. Toutes choses qui ne semblent plus habiter les soldats, gendarmes et policiers congolais. Encore que l’attitude semble tolérée voire cautionnée par la hiérarchie. Autrement, des sanctions seraient déjà tombées. Or, on n’a rien ou presque.

Boubacar Sanso Barry

 

 

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