ISRAËL-AFRIQUE: à quelles conditions?

A la suite des anciennes puissances coloniales dont la France et l’Angleterre, mais aussi des nouveaux mastodontes asiatiques que sont notamment la Chine et l’Inde, et même des Etats-Unis, l’Etat hébreu se lance à la conquête de l’Afrique. Ainsi, après la tournée qu’il avait effectuée en juillet 2016 dans quatre pays de l’Afrique de l’est et avant un sommet Israël-Afrique d’octobre prochain au Togo, le premier ministre Benjamin Netanyahu a pris part au sommet annuel de la CEDEAO qui s’est tenu ce week-end à Monrovia, au Libéria. Une participation qui, au-delà des susceptibilités diplomatiques qu’elle n’a pas manqué de soulever, augure de belles perspectives quant à la volonté d’Israël de faire du continent africain tout à la fois un partenaire économique qu’un allié politico-stratégique. Mais il reste à savoir ce que l’Afrique peut exiger en retour de ce nouvel allié en perspective.

 visées économiques

Dans son discours de Monrovia, le premier ministre israélien, prenant en compte la problématique du terrorisme qui hante la région ouest-africaine, a proposé une coopération entre son pays et le continent africain pour faire face à ce péril particulier. Ce qui peut laisser croire que l’Etat hébreu courtise le continent africain davantage pour lui venir en aide que pour en tirer le moindre profit. Or, ce n’est pas tout à fait le cas. A l’image de toutes les autres puissances qui font la cour à l’Afrique, Israël a bien entendu un agenda qui sous-tend son offensive diplomatique en direction du continent noir. Ses attentes les plus explicites étant que l’Afrique puisse servir de débouché  pour son agriculture, ses hautes technologies et son savoir-faire sécuritaire. Dans cette optique, Israël a accueilli en décembre dernier des responsables venus d’une douzaine de pays de l’Afrique de l’ouest dans le cadre d’une conférence consacrée à l’agriculture. De ce point de vue, la drague de l’espace de la CEDEAO se justifie surtout par le fait qu’il s’agit d’une zone économique relativement homogène, avec en prime quelques 320 millions d’habitants.

relents géopolitiques

Toutefois, il n’y a pas que ces enjeux économiques qui rendent compte du fait qu’Israël se tourne si subitement vers l’Afrique. Du continent africain, l’Etat hébreu veut surtout faire un allié stratégique dans la longue bataille politico-diplomatique qu’il livre au travers du conflit avec la Palestine. En effet, comme l’attestent l’intégration, en octobre 2011, de la Palestine à l’Unesco et l’adoption par la même institution onusienne, en Octobre 2016, d’une résolution relative à la protection du patrimoine culturel palestinien à Jérusalem-Est, Israël est en passe de perdre la bataille de l’opinion publique internationale. Il s’en suit que ses positions sont de plus en plus minoritaires au niveau des instances internationales. D’où cette opération de charme en direction de l’Afrique, avec l’espoir que cette dernière pourrait l’aider à reprendre la main.

option honorable?

Autant les objectifs du partenaire Israël sont ainsi clairs, autant les attentes ou exigences de l’Afrique sont vagues, obscures et minimalistes. Comme c’est souvent le cas vis-à-vis de tous ceux qui viennent à elle, l’Afrique s’en tient au superficiel à l’égard d’Israël, prête à se contenter de ce qu’on peut bien lui donner. Parce que les dirigeants africains, décidément incapables de sortir des logiques diplomatiques teintées de sentimentalisme, continuent de croire que c’est par compassion que les autres viennent à eux. Autrement, dans la coopération en gestation avec l’Etat hébreu, exploitant intelligemment la position stratégique qui est la sienne, l’Afrique aurait pu jouer incarner un rôle plus que celui qu’Israël voudrait bien lui faire jouer. En effet, il ne sert à rien de se borner benoitement à accorder à Israël le vote qu’il souhaite quand il le désire. Ce qui reviendrait à se rendre complice de toutes les injustices que le tandem américano-israélien fait subir à des millions de Palestiniens. Par contre, l’Afrique peut exiger de prendre part au laborieux processus de paix entre la Palestine et Israël et essayer ensuite de peser de son poids pour qu’on débouche sur une solution qui permette une coexistence pacifique entre les deux Etats. C’est du reste l’unique option honorable qui s’offre aux Africains. Si du moins ils ne veulent pas sacrifier certaines valeurs sur l’autel du roi argent.

Boubacar Sanso Barry    

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