COTE D’IVOIRE: la paix en trompe-l’œil

S’il y a bien quelque chose à tirer des récurrents sauts d’humeur qui, par intermittence, rythment désormais la vie en Côte d’Ivoire, c’est le fait que tout cela n’a rien de conjoncturel. Le phénomène est plus ancré. En sorte que la stabilité politique que tout le monde semblait entrevoir et l’émergence économique qui séduisait tant, ne sont qu’un mirage. Comme jadis dans le cas du Mali, le pays d’Alassane Ouattara repose sur des fondations peu solides. Certes, les armes se sont relativement tues depuis la capture de Laurent Gbagbo. Mais personne ne peut nier le fait que le feu couve sur la cendre et qu’à la moindre étincelle, les hostilités peuvent reprendre. Parce que certaines étapes du processus de retour à la normale semblent avoir été escamotées.

Une kyrielle de crises

Ayant facilement cédé face aux ex-rebelles des Forces nouvelles (FN) intégrés dans l’armée régulière, les autorités ivoiriennes semblent vouloir imposer une autre approche à la catégorie dite des « démobilisés ». Face à ces derniers, c’est le langage de la fermeté et de la répression que l’on privilégie. Ainsi, on espère en finir avec ces actes répétitifs de défiance vis-à-vis de l’Etat. Un choix qui en dit long sur le mauvais diagnostic de la crise qui secoue ainsi ce géant économique de la sous-région. En effet, une approche chirurgicale ne peut être efficace que si le mal est circonscrit. Ce qui n’est pas le cas de la Côte d’Ivoire. Deux mutineries des ex-rebelles, des mouvements d’humeur des services de sécurité, des grèves de la part des agents de la fonction publique et cette dernière sortie des démobilisés. Voilà qui est beaucoup pour un pays qui se veut normal.

Des étapes brulées

Les autorités ivoiriennes feraient mieux de s’y prendre autrement. En particulier, elles devraient admettre avec toute la lucidité requise que le problème est à la fois plus profond et plus complexe. Après tout, ce ne sont pas que quelques individus isolés qui sont impliqués dans ces mouvements. C’est une composante essentielle de l’armée et des services de sécurité, deux institutions garantes de la souveraineté et de la stabilité du pays. Et si on en est là, c’est parce que des étapes ont été brulées et que des décisions légères ont été prises quelque part. En effet, un pays qui, comme la Côte d’Ivoire, sort d’une lancinante de crise d’au moins une dizaine d’années n’a pas à se contenter de la paix comme un gadget. Le retour effectif à l’ordre et à la quiétude nécessite un travail qui n’est ni superficiel, ni hâtif.

Côte d’Ivoire, un autre géant aux pieds d’argile

Des aspects que les nouvelles autorités en Côte d’Ivoire ne semblent pas avoir suffisamment pris en compte. La capture de Laurent Gbagbo actée et son transfèrement à la Haye, effectif, ADO et la communauté internationale, estimant que la mission est accomplie, se sont frotté les mains. Du lourd passif que le pays trainait, on s’est très peu occupé. Dans le contexte de l’euphorie d’une victoire arrachée de haute lutte, on a décidé de l’intégration d’une bonne partie des rebelles, artisans de la victoire, dans l’armée régulière. Face à l’opposition ainsi décapitée par l’absence de Laurent Gbagbo, le pouvoir porté par des indicateurs économiques exponentiels, n’a surtout pas fait dans l’humilité. Avec le temps, la réalité reprend le dessus. Les bases étant aussi peu solides, l’édifice commence à se fissurer. Et si rien n’est fait, le géant aux pieds d’argile qu’il est, est partie pour s’écrouler.

Boubacar Sanso Barry

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