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MALI : l’impossible retour à la paix

C’est ce que l’on appelle un pied-de-nez. Attendant que le président malien assigne à son nouveau gouvernement la mission de restaurer la sécurité, les terroristes n’ont pas tardé à frapper. Comme pour inviter le nouveau chef de gouvernement, Abdoulaye Idrissa Maïga, et son équipe, à attacher la ceinture et à se préparer pour une bataille de longue haleine. D’autant que la problématique de l’insécurité au Mali est quelque chose de complexe.

L’insécurité sous-traitée

Pour le nouveau gouvernement, même le fait de se mobiliser tôt ne garantit pas la victoire contre l’insécurité qui a désormais élu domicile sur le territoire malien. Sans verser dans le fatalisme béat, il faut avoir le courage d’admettre que des attaques comme celle qui, hier, a emporté au moins quatre bérets rouges de l’armée malienne, il y en aura encore. C’est cela la triste réalité du Mali d’aujourd’hui. Et c’est cela aussi le résultat de l’opération Serval, même si les choses auraient été sans doute pires sans l’intervention des troupes françaises. De fait, plusieurs facteurs tendent à rendre compte du fait que le pays d’IBK ne sorte pas du chaos qui le guette. Un des plus déterminants de ces facteurs, c’est la déliquescence de l’Etat malien. Une situation qui a précédé et facilité le soulèvement des indépendantistes de l’Azawad et l’avènement des groupes terroristes. Or, cette lacune d’envergure, les nouvelles autorités n’ont pas encore réussi à la corriger. Ainsi, continue-t-on de sous-traiter une question aussi stratégique que l’est la sécurité pour un pays.

Quelle mission pour les troupes étrangères ?

Il en découle qu’on ne sait pas si les troupes étrangères déployées dans le pays font tout ce qu’il faut pour que la paix et la quiétude reviennent au Mali. Tout en saluant la mémoire de ceux des soldats étrangers qui y sont restés, on peut noter que c’est, entre autres, à l’intervention des troupes tchadiennes au Mali, qu’Idriss Déby Itno doit sa nouvelle virginité diplomatique. De même en France, à l’heure du bilan, le seul véritable motif de fierté pour François Hollande, c’est la mission accomplie par Serval au Mali. Par ailleurs, sans une crise comme celle du Mali, Barkhane aurait-il des raisons d’exister ? Naturellement, on pourrait nous rétorquer que sans Barkhane justement, les assaillants de Tombouctou, leur butin en bandoulière, s’en seraient tranquillement retournés dans leur repaire. Certes. Mais au-delà de la prétendue sécurisation du Sahel, Barkhane n’est-il pas le symbole d’une prétention d’ordre géostratégique de la part de la France ? Ne s’agit-il pas d’un déploiement dont la vocation est de veiller sur des intérêts hautement stratégiques, mais que l’on présente aux Africains comme une mission de bienfaisance ?

Et si l’insécurité était entretenue à dessein ?

Autant de questions dont les réponses pourraient rendre compte du fait que la France, une fois la grande menace jihadiste qui planait sur Bamako écartée, se soit subitement montrée complaisante à l’égard de certains acteurs de la crise malienne, notamment quelques factions des indépendantistes de l’Azawad. Cette attitude est de nature à laisser croire que la véritable mission de Serval n’était pas la restauration de la quiétude dans toute sa plénitude et qu’il est dans l’intérêt de la France que la paix demeure à son niveau précaire.

Boubacar Sanso Barry  

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