PROPOS DE MACRON : pourquoi la France est si indignée ?

S’ils n’avaient pas suscité la passion et la controverse qu’ils soulèvent depuis quelques jours au sein de la classe politique française, les propos tenus le 14 février par Emmanuel Macron, au sujet de la colonisation, auraient été déjà oubliés. Mais il n’en est rien. Critiqués par l’extrême-droite, provoquant l’indignation de la droite et plaçant la gauche dans une inconfortable position, ils occupent encore la Une de plusieurs médias et éclipsent même le fameux penelopegate. Mitraillé de partout et passant aux yeux de certains pour un renégat et pour d’autres, pour le fils indigne de la patrie des droits de l’homme, le candidat d’En Marche a même été contraint de s’excuser. Un tollé que l’on ne comprend pas, vu d’Afrique. D’autant que l’ancien ministre de l’économie ne fait que dire tout haut ce que le continent a toujours ressenti en son for intérieur, à savoir que la colonisation n’est synonyme qu’à la barbarie et aux humiliantes brimades en tous genres. Et si la France est encore indignée par une vérité aussi évidente, c’est qu’elle n’a toujours pas fait sa mue. A croire qu’elle en est incapable…

négationnisme et mauvaise foi

Tout d’abord, une mise au point s’impose. Les propos d’Emmanuel Macron ne font pas de lui un leader plus prédisposé à comprendre et à prendre en charge les injustices dont le continent africain a été victime. En cela, il n’est pas mieux que les autres politiques français. On ne perd pas de vue que sa sortie sur le plateau d’Echourouk News s’inscrit dans la logique de la campagne électorale française. Il avait juste à cœur de se distinguer des autres candidats et au passage, d’appâter quelques électeurs susceptibles de se laisser attendrir par sa déclaration-choc. Mais à postériori, sa sortie a le don de révéler un aspect dont on n’avait pas nécessairement conscience de la part de la classe politique et même de certains intellectuels français. Il s’agit de cette incapacité décidément très ancrée de faire face au passé avec lucidité. Qui l’aurait cru ? La France se refusant à admettre une réalité aussi implacable que la violence qui a jadis sous-tendu les conquêtes et l’administration coloniales. Une attitude qui s’apparente à de la mauvaise foi doublée d’un cynisme des plus cruels.

Que de tragédies

Que certains veuillent s’abriter derrière un juridisme catégorique pour contester les propos d’Emmanuel Macro n’en est que plus pathétique. D’autant plus pathétique que ceux-là sont si lâches qu’ils n’ont pas le courage d’assumer leurs idées et leurs positions. Pour le reste, l’histoire fourmille d’événements tragiques qui attestent de la cruauté qu’a été l’entreprise coloniale aux dépens des colonisés. Loin d’être la mission de civilisation à laquelle certains négationnistes voudraient l’assimiler, la colonisation renvoie à cette sombre période d’occupation des terres, d’exploitation des richesses et d’asservissement des peuples, le tout sur fond de violation de tous les droits et de négation de toutes les libertés. Né du sentiment de supériorité de l’Europe capitaliste et du désir qu’elle avait de soumettre le monde, le colonialisme a massacré, violenté et brimé des peuples entiers dont il niait tous les droits. Ainsi, en 1947-48, c’est une répression inouïe que la métropole française avait fait subir à des dizaines de milliers de Malgaches dont le seul tort était de vouloir se libérer du joug colonial. Dans la même veine, les Bamilékés du Cameroun vivent encore avec le traumatisme du massacre dont ils ont fait l’objet à la veille de l’indépendance du pays. De même, le 1er décembre 1944, à Thiaroye, les victimes étaient de moindre ampleur, mais non la cruauté dont avait fait montre les gendarmes face à des tirailleurs dont le seul péché était la revendication de primes et de pécules à eux dus par la métropole sous le drapeau de laquelle ils venaient de combattre. Enfin, que dire du massacre de Sétif  de mai 1945 ? Sinon qu’il a été massif, sanglant et brutal ? Or, de la colonisation, on peut ajouter à ces crimes de sang, de nombreuses autres violations de droits humains très souvent inspirées par le racisme et le complexe de supériorité du colon. Il s’y ajoute qu’aucun de ces agissements n’était isolé. Tous étaient commandités ou tolérés par la hiérarchie de l’administration coloniale. Bien entendu, on est libre de réfuter la qualification de ses comportements abjects comme des crimes contre l’humanité. Mais la réalité et les faits restent d’une authenticité implacable.

l’Afrique doit tourner la page…

Pour autant, l’Afrique n’a pas à s’arrêter sur ces événements, aussi douloureux soient-ils. A l’instar d’autres peuples du monde auxquels on a fait subir pareilles injustices, les Africains doivent pouvoir avancer, assumer le passé et faire avec l’histoire qui est la leur. Certes, il faut rétablir les faits. Mais il ne sert à rien de continuer à culpabiliser. Plus de 50 ans après les indépendances, cette posture victimaire n’a plus sa raison d’être. L’élite africaine en général et sa classe dirigeante en particulier ont la responsabilité de faire oublier ce passé sombre du continent. Réservoir principal des richesses du monde et pouvant s’appuyer sur le dynamisme de sa jeunesse, l’Afrique n’a plus à rien à attendre d’une symbolique repentance. De même qu’elle n’a pas à exiger une quelconque réparation vis-à-vis des anciens colons. Elle a largement de quoi se passer de la bonne conscience du monde. Il suffit juste que ses dirigeants soient habités par la vision et la clairvoyance qu’il faut. Le reste suivra aussi promptement que naturellement.

Boubacar Sanso Barry

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