TERRORISME AU SAHEL: Le G5 toujours en quête d’une force régionale

Né en février 2014, le groupe des cinq pays du Sahel (G5 Sahel), se voulait un cadre institutionnel dont la particularité serait d’articuler de concert la dynamique de développement régional et la lutte contre l’insécurité en général et le terrorisme en particulier. Mais force est de reconnaître qu’en trois ans d’existence, le groupe composé de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad, à l’image de toutes les autres organisations du continent, a davantage débattu de la lutte contre le terrorisme que de celle contre la pauvreté et les inégalités sociales. Encore que même dans ce domaine précis, l’organisation, comptant sur des gouvernements eux-mêmes largement dépendants des subsides qui leur sont versés par les partenaires occidentaux, court encore après une hypothèque force régionale qui peine à voir le jour.

L’approche militaire compréhensible

Naturellement, on ne peut que moindrement reprocher au G5 Sahel de faire de la lutte contre le terrorisme la priorité de ses priorités. Dans le vaste no man’s land que constitue le Sahel, c’est désormais le principal enjeu, eu égard à la multitude de groupuscules terroristes qui y font la loi et au nombre sans cesse croissant d’attentats et d’attaques qui y sont perpétrés. Bien entendu, se focaliser exclusivement sur l’approche par la répression et ne pas prendre en compte le fait que la misère, les frustrations et le désespoir qui tenaillent en particulier la jeunesse, constituent un terreau fertile pour le phénomène de la radicalisation, n’est pas la meilleure des options. Toutefois, vu que les pays de la région font déjà les frais du terrorisme, il est compréhensible qu’ils veillent s’en débarrasser. De ce point de vue, l’idée d’une force régionale n’est pas si saugrenue que cela. A défaut d’enrayer le phénomène terroriste, la force pourrait aider à stopper la progression du mal en le circonscrivant dans les pays où il a déjà élu domicile.

Un vœu pieux ?

Cependant, on a l’impression que l’idée en question s’apparente davantage à un vœu pieux. En effet, depuis quand en parle-t-on ? Il en était déjà question en novembre 2015, à la faveur du sommet qui se tenait à N’Diamena, au Tchad. A la fois optimistes et ambitieux, Idriss Deby Itno et ses homologues s’étaient également engagés en faveur de la création d’une école régionale de la guerre basée en Mauritanie, du lancement d’une compagnie aérienne régionale, de la construction d’une ligne de chemin de fer reliant les cinq pays et de la suppression des visas entre les pays membres. En somme les idées et les projets pertinents, ce n’est pas ce qui manque. Mais d’un sommet à un autre, on prend les mêmes et on recommence. C’est ainsi qu’à Bamako, où se tenait hier un autre sommet du G5 Sahel, on a encore parlé de la force régionale conjointe.

Le hic!

Le problème de base auquel tout le continent est du reste confronté, c’est la pauvreté des Etats qui composent le G5. Ceci s’expliquant en partie par le fait quelques-uns d’entre ces pays membres sont dans une crise sécuritaire qui affecte l’autorité de l’Etat. C’est naturellement le cas du Mali et dans une certaine mesure du Niger. Le Burkina Faso, pour sa part, est dans la dynamique de penser des blessures à lui infligées par le long règne de Blaise Compaoré. La Mauritanie et le Tchad, en ce qui les concerne, sont des géants dont la réputation est fortement érodée par le renchérissement des prix des matières premières sur le marché international. D’où l’appel lancé hier par le président tchadien en faveur de l’appui des partenaires de la communauté internationale. Au-delà du caractère plutôt incongru qui consiste à compter sur l’aide d’autrui pour sa propre sécurité, il y a que les partenaires ainsi sollicités sont déjà suffisamment impliqués dans la lutte contre le terrorisme au Sahel (Minusma, Barkhane et l’appui à la force internationale mixte contre Boko Haram).

Boubacar Sanso Barry   

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